- Ne faites pas la bise à une américaine (Superchunk) pour lui dire au revoir, même spontanément et sans arrière-pensée, elle sera surprise (et amusée) mais son copain pas content va rappliquer illico, heureusement il n'était pas rancunier (j'ai balbutié une penaude excuse pour expliquer qu'en France on faisait tous ça même à des inconnues).
- Blixa Bargeld, par contre, a failli me frapper tellement j'étais lourd avec mes questions - il aurait eu raison en fait !
- Les gars de Therapy? étaient adorables.
13 juillet 2025
Prémonition, mai 1993
12 juillet 2025
Jardin Sonore 2025 - compte-rendu
c'était exactement ça : l'ennui d'un groupe qui ne va nulle part
(avec une grosse pub de merde avant)
30 décembre 2024
Best of 2024
A écouter sur premo.fr et à lire et regarder ci-dessous !
- We Hate You Please Die : Chamber Songs (riot grrrls françaises, voir Mannequin Pussy et Destroy Boys plus haut, elles auraient presque pu être avec elles)
- Lemongrab : I Spy With My Little Eye (groupe germano-italo-canadien de ce que j'appelle le punk lo-fi, un genre plutôt réservé aux Australiens, avec des morceaux courts, délirants, percutants, hyper enthousiasmants et enregistrés en 3 minutes dans la cuisine. Jouissif)
- Johnny Mafia : 2024 : Année du dragon (le meilleur groupe garage français du moment ? 3 notes et on saute sur ses guiboles pour faire un pogo endiablé, avec toujours des titres super bien foutus et originaux)
- Fontaines D.C. : Romance (le meilleur groupe de l'année selon tout le monde, des Inrocks à Marie-Claire en passant par Pif Gadget, je vais pas m'attarder, mais je suis un peu d'accord, un peu)
- Rendez Vous : Downcast (vive la France encore, et nouvel album surprenant car à l'opposé du revival post-punk très gothique qu'ils faisaient avant, apparemment ils ont écouté Godflesh et Ministry car ils sont très énervés et très métal indus sur celui-ci, une franche réussite malgré une attitude pas très sympa en concert)
- Dummy : Free Energy (superbe découverte d'un groupe qui a digéré a merveille Stereolab et Lush, avec plus qu'un pied dans le début des années 90, mais 30 ans après il y a prescription, et c'est si bien fait, on en redemande)
- Melt-Banana : 3+5 (héros de la cause ultra-noise japonaise depuis 30 ans, mais comment font-il alors qu'ils ne sont plus que deux, pour faire des titres si extrêmes en insufflant autant d'émotion ?)
- cumgirl8 : the 8th cumming (elles auraient dû être premières dans mon top vu le temps que j'ai passé à écouter leur premier album et tous les EPs et singles qui ont suivi, mais ce deuxième album était un poil moins cinglé que ce que j'aurais espéré, n'empêche qu'on goûte avec bonheur à leur électro-goth féministe quand même bien allumée)
- Gustaf : Package Pt. 2 (noisy-pop plutôt que noise avec une bonne dose de post-punk et de lo-fi, là encore des filles, une musique décalée, pas sérieuse mais bigrement intelligente et surtout très excitante, du pur plaisir à chaque écoute)
- DIIV : Frog In Boiling Water (les maîtres du shoegaze depuis quelques années, à quoi bon encore les présenter, c'est toujours fort en émotions, et quand on aime le shoegaze on aime DIIV, ils sont trop mimis et trop touchants)
- Melts : Field Theory (le chanteur se serait barré, le groupe n'existerait donc plus alors que le 2e album vient de sortir, quel dommage, leur electro très new-wave avec un zeste d'indus mais pas trop étant sacrément efficace)
- IDLES : TANGK (eux aussi plus la peine de les présenter, mais ils assurent toujours et depuis 2 albums leur orientation beaucoup plus expérimentale n'est pas sans me déplaire. Bêtes de scène, mélodies et son uniques en leur genre, on en reparlera dans 20 ans comme de l'un des plus grands groupes actuels)
- Gwendoline : C'est à moi ça (vive la France, encore, avec le duo de Rennais désormais installés à Brest, confidentiels jusqu'à ce 2eme album et inventeurs pour rigoler du mouvement "shlag-wave" repris par des imbéciles comme moi : deux synthés pourris, du chant parlé et des textes d'une force incroyable, épouvantablement cyniques et désabusés mais c'est ça qui fait du bien, on est bien loin de Partenaire Particulier)
- Lysistrata : Veil (vive la France, suite, et une musique qui est aussi complexe que celle de Gwendoline est simple - non ce n'est pas péjoratif. Leurs morceaux oscillent en permanence entre rage et tristesse, bourrés d'influences dans tous les sens : brillant, unique et qui mérite un profond respect)
- NewDad : MADRA (douceur, candeur, spleen, mélange de shoegaze limite dream-pop et une bonne dose d'influences The Cure qui coule par tous les pores de leur musique - et ça n'est pas péjoratif non plus.
29 mai 2024
Festival Lévitation 2024, compte-rendu.
En guise de compte-rendu des deux journées du festival qui s'est tenu à Angers, ce podcast vous permettra de découvrir les groupes que j'ai eu le plaisir de voir jouer sur scène. Pas tous, mais presque !
- Fragile : Murmuration (...About Going Home)
- Daiistar : Tracemaker (Good Time)
- The KVB : Tremors (Tremors)
- Upchuck : Freaky (Bite The Hand That Feeds)
- Sleaford Mods : Tied Up In Nottz (Tied Up In Nottz single)
- Sweeping Promises : Eraser (Good Living Is Coming For You)
- Melts : WLDNG (Field Theory)
- Hooveriii : Destroya (Hooveriii)
- Rendez vous : Dye and Retry (Downcast)
- Lysistrata : Horns (Veil)
- Fat White Family : Work (Work EP)
- Hint : Eyes In Axis (100% White Puzzle)
01 septembre 2023
Rock en Seine, jour 4 : sous le signe de la foule
Quatrième et dernière journée de Rock en Seine, deuxième pour moi, et un bilan relativement moyen, notamment au niveau de l'enchaînement des concerts prévus, tellement serrés qu'il est impossible d'en quitter un à la fin pour arriver avant le début de l'autre, ou presque. Qui plus est, il y a deux fois plus de monde que vendredi, c'est sans doute l'effet week-end, et c'est bien dommage car c'est bien pénible. Mais aussi, quelle idée d'aller à un si gros festival quand on préfère le Supersonic avec ses 3 places et demi ?
Julie
On commence par Julie, un groupe de shoegaze venu de Californie. Le set est pas mal, mais difficile de vraiment apprécier un groupe quand on connaît à peine sa musique, surtout en matière de shoegaze, si vous voyez ce que je veux dire : si le son n'est pas parfait, on se perd un peu dans les feedbacks, les distorsions et les larsens des guitares et les mélodies se retrouvent noyées dans la masse sonore. Pourtant Julie a sorti un superbe mini-album qui ravit les oreilles d'un fan de shoegaze comme moi. Pour le reste, ils sont très jeunes, mignons comme tout, et shoegazers dans toute leur splendeur : ils regardent leur chaussures et sont mal à l'aise sur scène. Pas de déception cependant, mais pas d'enthousiasme non plus.
The Murder Capital
The Murder Capital, c'est un peu la tête d'affiche pour les gens comme moi. Les albums sont pas mal, surtout le dernier, malgré un côté un peu trop gothique prise de tête, je préfère largement la colère de Shame, LIFE ou IDLES, leurs congénères du renouveau post-punk anglais. Mais sans a priori négatifs, on se prépare à un bon moment quand même. Hélas. Ce n'est pas que le groupe soit mauvais, ni que les chansons n'aient pas l'ampleur méritée, ni que le son ne soit pas bon, non. Le problème, ce sont le bassiste et le chanteur, qui ont des chevilles plus grosses que leurs têtes, déjà bien enflées, autant que leur nombril. Ils en font tellement sans la moindre modestie que c'est ridicule. James McGovern ne cesse d'agiter ses petits doigts en un signe qui veut dire "venez, participez, come on", il le fait même le dos tourné avec le bras dans le dos ; ou alors il pose le pied droit sur les retours et scrute le public derrière ses lunettes de soleil qu'il ne quittera jamais (normal, rock'n'roll, même sous les nuages) dans le genre "vous êtes cool les mecs et moi je suis la star" et comble du comble au milieu du set il allume une clope avec tellement de spontanéité qu'on se demande combien de temps ça lui a pris pour décider à quel moment il allait allumer sa clope pour faire cool. Et dès qu'il l'a allumée, il la prête au bassiste pour qu'il tire une taf, on voit d'ailleurs bien que l'autre attendait ce moment magique prévu à la seconde près. Quant à Gabriel Blake, le bassiste, dans son costard noir qu'il ne doit porter que sur scène, il est encore plus ridicule derrière ses lunettes de soleil qu'il ne quittera jamais (normal, rock'n'roll, même sous les nuages bis) avec ses petites mimiques prétentieuses et ses harangues grotesques. Dommage, car les deux guitaristes et le batteur sont vraiment à fond dans la musique, et on sent qu'ils sont à fond sans chercher à frimer. On part avant la fin si on veut voir Amyl & The Sniffers sur la grande scène (un comble pour un groupe destiné plutôt aux caves ou aux squats) à une distance honnête, pas comme avec Placebo.
Vidéo pas de moi (1)
Amyl & The Sniffers
Que dire sur la surexcitée Amyl et ses potes australiens ? Elle fait les mêmes grimaces que dans tous ses concerts, elle a une énergie débordante et hilarante, les mecs sont parfaits dans leurs rôles de petits punks rigolards, tout ça est rôdé à la perfection et les morceaux de deux minutes à fond les ballons avec chœurs du public et pogos débridés, s'enchaînent à toute allure. Morceaux un peu tous pareils, il faut bien l'admettre, trois accords et des guitares acérées et le tour est joué, mais c'est bien ce qu'on demande à des keupons, pas vrai ? Reste une drôle d'impression au vu de la taille de la scène et de la foule amassée : déjà à l'Elysée-Montmartre il y a deux ou trois ans, c'était un peu grand pour eux, et ça l'est ici encore plus.
Vidéo pas de moi (2)
Wet Leg
Direction Wet Leg, sans réel enthousiasme malgré un album vraiment bien et pas mal écouté, mais un peu méfiant de la hype qu'il y a eu autour de ces donzelles. De toutes façons, on croise Delphine pour papoter et on reste en marge de la foule, peinards sur un des rares poufs libres en plein-air. Et puis on se prend une grosse averse, donc on ne percevra de Wet Leg qu'un (très bon) son un peu éloigné, avec le sentiment que ça a l'air vachement bien... ce qui sera confirmé par d'autres qui y ont assisté. Tant pis pour moi donc (mais non Delphine c'est pas ta faute).
Be Your Own Pet
Be Your Own Pet a sorti deux albums en 2006 et 2008, alors qu'ils avaient à peine la vingtaine, et puis ils se sont séparés... pour se reformer en 2023 et sortir un troisième album... la veille de ce concert ! Je tenais à les voir pour les avoir beaucoup écoutés à l'époque. BYOP, c'est du garage indé hardcore pop punk, si l'on peut dire. Jemina Pearl a une présence folle sur scène, dans le genre Courtney Love (Hole) ou Karen O (Yeah Yeah Yeahs, un groupe auquel ils ont d'ailleurs souvent été comparés). Malgré un public un peu clairsemé (tout le monde est parti voir Foals), les BYOP ont un vrai charisme, le son est parfait et ils réussissent à déchaîner le public sur des morceaux qui n'existent donc que depuis la veille et que personne ne connaît et croyez-moi, le cas est rare. L'album est d'ailleurs super, et ce concert sera vraiment le meilleur moment de cette journée.
Vidéo pas de moi (3)
Foals
Comme il reste un peu de temps, j'assiste à la fin de Foals, d'encore plus loin que là où j'étais pour Placebo (décidément, les grands concerts, c'est pas pour moi). N'ayant jamais été archi-fan de ce groupe que je trouve très inégal, entre morceaux géniaux et d'autres chiants comme la mort, je prête quand même une oreille attentive pendant les vingt minutes où je suis là, et j'avoue que c'est très bien, une vraie émotion et une musique forte et prenante. Et si je réécoutais les albums ?
Vidéo pas de moi (4)
The Strokes
On s'était tous séparés, on se retrouve pour décider ce qu'on va aller voir, mais on a juste faim, soif, froid et envie se soulager des besoins naturels. On a le choix, dans le créneau "rock indé au sens large" qui est le nôtre, entre Bonobo... et Bonobo. Mais on s'en fout. Les Strokes ne seront là que dans 45 minutes... et là c'est moi qui m'en fous un peu, n'ayant jamais, comme pour Foals, été très enthousiasmé par leur rock plan-plan, gentil et sympa mais qui ne me secoue pas vraiment, et en plus sur la grande scène. Or, c'est bien ça que j'attends avec n'importe quelle musique : être secoué, perturbé, remué, étonné, enthousiasmé (au vu des comptes-rendus que j'aie pu lire ensuite, on a bien fait de ne pas y aller). Ce sera donc l'heure du retour.
Peut-être à l'année prochaine ? Ou pas.
26 août 2023
Rock en Seine, jour 2 : sous le signe de l'amour
Comme je l'avais mentionné dans mon compte-rendu du festival Levitation, je n'ai pas pour habitude de chroniquer des concerts. Seulement ça fait un bon souvenir des années après, alors je le fais encore une fois, rien que pour moi, égoïstement. Et si ça vous semble utile, banco !
Je n'étais pas à la première journée de Rock en Seine avec Billie Eillish, ni à la troisième aujourd'hui (dommage, mais quand y'a p'us d'place, y'a p'us d'place). La bonne surprise du parking pas cher tout vide, de l'entrée quasi-tranquille et d'une foule très relative étant passée, parlons musique.
Turnstile
Turnstile ouvre le bal avec son post-emo-core (comme Fragile en France, quelques groupes réinventent depuis peu le hardcore basique, même celui qui était jusqu'alors juste "mélodique" pour y introduire d'autres sensibilités, héritées de multiples courants musicaux, pour créer une musique passionnément moderne qui attire des gens de tous horizons qui étaient jusqu'alors perméables à ce genre de musique). Un son millimétré, léché à outrance, et un hardcore débarrassé de tous ses clichés. Pas de look, pas d'attitude, juste une communion spirituelle. On savait, au vu des vidéos sur YouTube, que le groupe déclenchait une hystérie extatique parmi un public déchaîné comme on en voit rarement de façon si fréquente et constante, alors on était un peu curieux de voir ça "en vrai". La ferveur épileptique se met en place au bout d'une note et demi. D'un seul coup, la moitié du public se met à bondir sur place, et il ne faut que trente secondes pour que l'autre moitié fasse de même, même chez les vieux os comme moi. Turnstile a une présence scénique incroyable. Ils déclenchent quelque chose de profondément positif, des effluves d'amour dégoulinant de partout. Leur musique fait du bien, un bien fou, et l'heure passe à toute allure, nous laissant essorés et trempés de sueur (ça fait ça l'amour, non ?)
Vidéo pas de moi (j'étais côté gauche)
Viagra Boys
On enquille sans attendre avec les Viagra Boys, qui eux aussi savent donner de l'amour, mais pas tout à fait le même. Ici rien de positif, Sebastian et sa bande sont les rois de la dérision et du cynisme rigolard. Des vrais punks dans l'esprit, trash et destroy mais sans agressivité aucune. On sent bien que les mecs sont contents et qu'ils s'éclatent, et c'est sacrément communicatif. Leur post-punk très groovy réussit à déclencher des circle pit (ce phénomène qui est devenu fréquent lors des concerts de musique "brutale", où le public se met à tourner en rond de façon relativement violente, une sorte de pogo mixé avec une ronde enfantine donc), même comme sur ce délire bruitiste sans la moindre mélodie ni le moindre rythme, juste des sons distordus venant du saxo (dont les mimiques ultra-queer caricaturales font rire tout le monde). Sebastian est déchaîné, il enfile bière sur bière, les recrache et s'en fout partout, joue avec son énorme bide et ses tétons, se marre, se roule par terre (dans la bière renversée, donc), nous propose une espèce de marche titubante qui nous donne l'impression soit qu'il ne tient plus debout à cause de la bière, soit que son corps est tellement détruit qu'il arrive à peine à marcher correctement (il n'a que 33 ans, je me suis renseigné), soit qu'il... le fait exprès, tout cela étant sans doute vrai. Un moment de parfaite jouissance et de bonne humeur donc, pour un groupe qui lui aussi déclenche des torrents d'amour.
Flavien Berger / Silly Boy Blue
On commence par quelques titres d'un Flavien Berger pierrot lunaire électro et poète déjanté qui raconte à peu près n'importe quoi et fait, lui aussi, marrer le public, malheureusement un peu seul sur scène avec ses bandes. On apprécie plutôt quand ça bouge un peu que lorsque ça frôle la chansonnette, puis on va voir une autre Française, Silly Boy Blue (un nom tiré d'une chanson de Bowie) qu'on ne connaissait pas, de la pop-rock-indé tendance new-wave gentillette mais efficace et bien foutue, le genre de truc qu'on peut écouter pendant deux heures chez quelqu'un sans que ça nous dérange et même qu'on apprécie, contrairement à de la variétoche insupportable qui donne envie de prendre congé de ses hôtes. La jeune fille saute comme un cabri en permanence, sa gentillesse et son enthousiasme sont communicatifs, bref même si l'on est loin du destroy des groupes précédents, ce n'est pas désagréable : elle nous aime, et nous on l'aime aussi, au moins pour ça.
Pas de bol, pas encore de vidéo de Silly Boy Blue sur YouTube
Pogo Car Crash Control
Il va devenir difficile de parler d'amour ici. Le quatuor français de metal alternatif mâtiné de grunge, quelque part entre l'album Bleach de Nirvana et n'importe quel album de Prong, très début des 90's donc, met le paquet dans les hurlements et les riffs qui écorchent. Ils débordent d'énergie, et leur côté juvénile, très naïf, donne envie d'écouter le morceau suivant à chaque fois, même si leur "vous êtes chauds Rock en Seine" ou "allez on tend tous un doigt" semblent un peu mécaniques, rôdés, pas très spontanés... et surtout un peu ridicules. Pas super chaleureux par rapports aux groupes précédents donc, sans doute trop pros dans leur désir d'assumer - ce qu'ils font à merveille -, mais c'est plutôt réussi pour qui a l'habitude de ce genre de musique évidemment. Mais comme on aime la naïveté, on leur pardonne leur désir de vouloir en faire un peu trop.
Vidéo pas de moi, marrant elles ont toutes été filmées à l'opposé de là où je me trouvais
Fever Ray
Direction Fever Ray maintenant, avec la curiosité de voir si Karin Dreijer (48 ans, je me suis renseigné) et sa bande de filles va offrir un show à l'image de ses pochettes de disques et de tout le visuel étrange et délirant, conceptuel, qu'elle décline à chaque sortie de disque. Son électro bizarre, qui passe de l'étrange expérimental à la techno de rave prend toute son ampleur ici, même si ce n'est pas du tout la même sensation que seul chez soi, grâce aux chorégraphies bizarres (pour elle c'est un adjectif qui revient tout le temps), aux costumes outranciers (costard-cravate blanc pour elle, femme d'affaire et pute pour ses copines qui tiennent la scène), et surtout aux grimaces de la dame qui créent franchement le malaise. Cela avec des infra-basses synthétiques dont vos poumons se souviennent encore (mais ça reste supportable). Elle termine le concert avec la BO de la série Vikings qui a sans doute concouru à la rendre célèbre, "If I Had A Heart", ce qu'on n'attendait pas trop en pensant qu'elle ne ferait rien de ce que l'on attendait, justement, mais on est contents. Ici, l'amour se déclinait aussi, un amour malsain, un peu sale, comme ce qui peut déranger dans le sexe et ses déviances qui fascinent chez les autres mais qu'on n'a pas trop envie d'essayer tout en étant bien tenté parfois.
Vidéo encore pas de moi
Placebo
Restent les stars de la journée à aller voir, Placebo que je vois pour la première fois... et probablement la dernière. Brian Molko a 51 ans (je me suis renseigné), et l'amour qui dégouline autour de moi de la part de fans relativement âgés ne me touche pas trop, même s'il est plutôt sympathique. Il faut dire que je suis placé bien trop loin de la scène, il y a beaucoup de monde, et que Molko et son bassiste bellâtre à la combinaison de cuir moulante ouverte sur son torse qui m'a toujours énervé et dont je n'arrive jamais à retenir le nom, ne sont pas plus grands que des playmobil, masqués par des tas de grands, eux, dont bon nombre portent le chapeau rouge Firestone qui leur a été offert et qui masque encore plus la vue à ceux qui sont derrière, merci. Gros problème, les écrans géants censés permettre de contourner la distance ne montrent pas les musiciens tels qu'ils sont, car des effets vidéo à la con ont été rajoutés par dessus, "pour faire arty", il faut sans doute dire un peu prétentieux ou carrément boomer (comme le disent les jeunettes qui m'accompagnent, "ça fait tellement 2000"). Eh oui. Musicalement enfin, le set est trop parfait, zéro surprise, je serais dans mon salon en train de regarder des vidéos de Placebo, ça serait pareil. C'est donc bien, car leur musique est bien et qu'elle se suffit à elle-même, mais un concert ? Aucun intérêt. On s'en va juste avant la fin, déçus par le manque de vie et d'amour en provenance du groupe, l'amour provenant du public étant passablement agaçant. On aurait mieux fait d'aller voir Dalle Béton et son génial "49.3, on n'en veut pas". Tant pis, ça sera pour une autre fois !
La suite dans quelques jours pour la journée de dimanche !
23 juillet 2023
Chronique de "The Ballad of Darren", de Blur
Blur n'en finit pas de ne plus exister. Après "Magic Whip", l'album du retour en 2015, 12 ans après le dernier "Think Tank" en 2003, voici l'album du retour du retour, 8 ans plus tard. Blur est toujours là, et c'est tant mieux, car les prestations solo de ses divers membres (y compris au sein d'un Gorillaz devenu routinier), bien que sympathiques, laissaient toujours un arrière-goût d'inachevé, de manque de perfection, de ce petit brin de folie qui a toujours existé dans Blur.
Car il faut le rappeler aux plus jeunes : Blur a commencé comme un groupe baggy, ce sous-genre du rock indé né à la fin des années 80 mêlant pop sixties, dance music, psychédélisme et une micro-dose de (post-)punk, avant d'être estampillés britpop, un fourre-tout destiné à évoquer quelques groupes capables d'émoustiller les minettes en mal d'idoles et surtout à rapporter plein de sous à l'industrie du disque, revenue d'entre les morts depuis la fin du grunge et de ses musiciens aux cheveux longs pas assez sexy. D'aucuns s'obstinent depuis à ne voir en Blur que l'aspect jolies mélodies et bluettes calibrées pour les charts, mais c'est une grossière erreur : Blur a toujours concilié la pop la plus kitsch qui soit avec les titres tordus, bizarres, bourrés d'expérimentations sonores, voire parsemés d'éclairs de violence. Et c'est cela leur force : réussir dans tous les cas à ne jamais avoir l'air ridicules ou inaccessibles.
Ceci étant, la vraie question est la suivante : ce nouvel album est-il à la hauteur de ce que l'on a connu, et bien sûr de ce que l'on attend ? Le groupe semble avoir bien compris le message : il ouvre l'album avec The Ballad, une ballade, donc, gentille et sirupeuse à souhait, comme pour nous dire : "on commence par ce que vous vouliez". Puis il enchaîne avec tout à fait autre chose, histoire de nous rappeler "ça, c'est nous aussi" : St Charles Park, c'est leur côté Dr Jekyll, avec ses guitares dissonantes et sales sur lesquelles ils arrivent malgré tout à nous coller des choeurs "comme si c'était une ballade". Ce sera cependant le seul morceau du lot à dénoter du reste. "The Ballad of Darren" lorgne beaucoup plus du côté ballades, qu'elles soient symphoniques (Russian Strings, The Heights) ou seventies (Avalon), acoustiques (The Everglades (For Leonard)) voire electro "à la Pet Shop Boys" (Goodbye Albert). Il y a bien sûr aussi un superbe morceau, le single sorti un peu plus tôt, (The Narcissist).
Au final, un résultat mi-figue mi-raisin : un bon album certes, mais sans réelle surprise ni culot. Les gars ont roulé leur bosse, et ils connaissent la recette, elle est efficace. Le talent est là, les idées aussi, mais on aurait sans doute aimé être un peu plus secoués avec ces dix morceaux étalés sur seulement 35 minutes...
(Chronique également publiée sur premo.fr)
07 juillet 2023
Chronique de "I Inside the Old Year Dying" de PJ Harvey
Dans la critique de Télérama, journal pas forcément très orienté rock indé, l'album de PJ Harvey est classé dans la catégorie "variétés". C'est dire si la musique de la jeune féministe enragée et teigneuse du début des années 90 a évolué. Mais ce n'est pas péjoratif pour autant : les gens mûrissent (enfin la plupart), et les artistes comme les autres. Leur musique, quand elle est sincère et débarrassée du souci de plaire, fait de même.
C'est bien ici le cas avec Polly Jean, 53 ans, qui, plus elle vieillit, plus elle enrobe sa musique de silence, de dépouillement et de mysticisme. Il ne reste guère de ses débuts que sa noirceur profonde, qu'elle prenne la forme d'un cri de rage ou de l'angoisse de la mort. On apprécie l'artiste donc, mais sa musique, c'est plus compliqué.
On aimerait l'adorer, la chérir, s'extasier sur chaque nouveauté, mais force est de constater qu'on a tort de vouloir vivre avec le passé et que PJ Harvey ne reviendra jamais à la musique de ses premiers albums, qu'il s'agisse de blues-punk violent et rêche ou de folk indé vénéneux et douloureux.
Les deux derniers disques, qui datent déjà pas mal, avaient laissé un sentiment mitigé, et on s'ennuyait gentiment quand on ne grimaçait pas sur les passages à la harpe. Certains criaient au génie, d'autres, moins aptes à s'éloigner du rock au sens large (votre serviteur s'y inclut - et ce n'est pas péjoratif non plus, chacun son truc) appréciaient poliment puis passaient à autre chose et oubliaient.
Ce nouvel album ne change pas la donne, si ce n'est qu'il s'avère finalement plus agréable à écouter que ses prédécesseurs, avec ses morceaux étonnament courts, décharnés et sans fioritures désagréables ou limite prétentieuses. Et un petit côté Radiohead intéressant, avec ses ambiances sonores très expérimentales. Il s'en dégage surtout, et c'est là sa vraie force, un désespoir existentiel sans limites. Existentiel, précisons-le, sans quoi l'on pourrait croire à une certaine forme de tranquillité zen, les plaintes marquées n'étant pas l'apanage de la dame, qui est bien au-dessus de tout ça.
Un disque pas si mal donc, et même plutôt réussi, à écouter au casque, dans la nuit, quand on réfléchit au sens de la vie. En journée, par contre, on préférera un bon petit groupe de rock basique, plein de vie et -encore pour un moment au moins- d'espoir.

02 juillet 2023
Chronique de "Where Things Were", de LANE
La fureur salvatrice, dès le début de l'album, ne suffira pas. Elle ne suffira pas à retirer la tristesse de se dire que cette fois-ci, l'aventure LANE est belle et bien terminée. Qu'il n'y aura plus d'albums, que le souvenir des Thugs qui, quoiqu'on en dise et même si ce n'est pas sympa pour Étienne et Cam venus de Daria, apparait toujours en filigrane au travers de ces guitares saturées bourrées d'émotion et du chant si particulier d'Éric, reconnaissable entre mille ; que ce souvenir, donc, va peu à peu s'éloigner et rejoindre les grands noms de l'histoire du rock. Car oui, c'est une des page les plus brillantes du rock français qui se clôt : LANE n'existe plus, les frangins Sourice sont passés à autre chose, les frangins Belin sont revenus à Daria, le fils Sourice quant à lui débute une carrière prometteuse avec les merveilleux Fragile, dont nous avons chroniqué récemment le premier EP. Alors que dire de ces sessions studios, derniers enregistrements non finalisés (novembre 2021) mais dûment mastérisés pour ne pas être abandonnés et jetés aux oubliettes ? Eh bien, que non seulement elles nous offrent des morceaux tous parfaits, des plus lents et envoûtants aux plus enragés en passant par ces bulles d'émotions écorchées vives et bouleversantes, typiques du groupe ("Sunday Night", "Painted White", "Elliott Bay"), mais qu'en plus elles montrent que LANE n'a jamais vraiment eu besoin de produire ses albums : les sonorités brutes du studio de répétition, certes un peu plus basiques, rugueuses, notamment au niveau de la batterie, captées dans l'instant, font ressortir à merveille l'urgence, la sensibilité et l'émotion de la musique. Salut les gars, bonne chance dans vos nouveaux projets et surtout : merci, on ne vous oubliera pas.
11 juin 2023
Chronique : "...About going home," de Fragile
Nouveau groupe originaire d'Angers, et premier EP (on ne vous en voudra pas si vous préférez dire que c'est un album, vu qu'il y a huit morceaux), que l'on attendait impatiemment depuis leur premier single "Take Care", sorti début 2022. Fragile, c'est une bande de potes venus d'horizons musicaux divers et variés, ce qui en fait la valeur ajoutée : Baptiste au chant, ex Dogs For Friends, pop éthérée ambiante minimaliste, Manuel à la basse, qui joue aussi dans la formation électro Scuffles, JB et Josic aux guitares, JB venu d'un groupe de punk harcdore mélodique de qualité et Josic, un ex-Wild Fox, punk garage tendance psychobilly et psychédélisme qui vient d'annoncer sa dissolution et enfin, Félix, à la batterie, fils et neveu des mythiques Thugs qui officiait précédemment comme guitariste dans LANE (Love and Noise Experiment) avec ces on-ne-peut-plus respectables référents.
Après ces présentations indispensables, c'est surtout à ce disque que l'on se doit de s'intéresser. Avec "...About Going Home", rarement le terme d'emo-core aura aussi bien mérité son appellation. "Emo" pour un genre musical né à la fin des années 90 et inauguré quelques années plus tôt par des groupes comme Fugazi ou Quicksand, qui signifie tout simplement "émotion", vous l'aurez compris, et "Core" pour "hardcore" bien sûr, pas le hardcore de la techno ni celui du porno, mais celui né sur les cendres du punk-rock, tendance accélérée et jusqu'au-boutisée qui rime avec fureur, énergie et urgence. Et de l'émotion et de l'urgence, il y en a une sacrée dose dans ces huit morceaux parfaits, menés tambour battant comme si la vie des musiciens en dépendait. Le chant de Baptiste, plus hurlé que chanté, imprime sa marque sur l'ensemble du disque, accentuant les sensations ressenties comme lorsqu'il martèle "I'm sick" sur les dernières notes de "Model" : ça vous prend aux tripes et on sent bien que tout ça est profondément sincère (ceux qui les ont vus en concert auront sans doute noté son petit côté Ian Curtis, avec sa gestuelle maladroite). Riff de guitares à la Cure ("Winter at the Museum", sorti naturellement en single), basse à la Killing Joke ("Anhedonia"), voilà pour les références qui parlent à tout le monde. Pour d'autres plus actuelles, on pense aux Américains de Touché Amoré, au superbe album de Drug Church, "Hygiene", sorti l'an dernier, aux morceaux les plus calmes de Turnstile, qui flirteraient presque avec du Cocteau Twins ("Overview") et enfin -et ce n'est sans doute pas un hasard- aux titres les plus douloureux des Thugs ou de LANE : par exemple sur "Murmuration", un morceau bouleversant, tragique et absolument magnifique, qui réussira sans doute à tirer une petite larme d'émotion aux plus endurcis. Mentionnons enfin le refrain de "Selfless" qui pourrait même presque plaire aux amateurs de britpop grâce à sa mélodie entêtante, du genre de celles que l'on fredonne sous la douche. Vous l'aurez compris "...About Going Home" se hisse d'emblée au meilleur niveau du hardcore international le plus moderne qui soit. Un putain d'album (pardon, EP) qui marquera l'année 2023, à n'en pas douter.

(Chronique également publiée sur premo.fr)
30 mai 2023
Angers en Lévitation
Je parle rarement des concerts que je vois. Jamais en fait, et pour la raison bien simple qu'en tant que lecteur, rien ne m'emmerde plus que de lire la chronique d'un concert où je ne suis pas allé... et quand j'y suis allé il est encore plus agaçant de lire l'avis de quelqu'un d'autre, surtout s'il n'a pas la même opinion que la mienne (j'ai forcément toujours raison). Et aussi parce que je fais toujours primer une chronique de l'objet disque qui, lui, restera tel qu'il est... alors qu'un mauvais concert, ça arrive même aux meilleurs et qu'il serait donc erroné de se faire une idée là-dessus.
Bref. Ayant pris mon courage et mon volant à deux mains pour faire l'aller-retour à Angers ce dimanche 28 mai afin d'assister à la deuxième journée du festival Lévitation France qui fêtait ses dix ans, il m'est vite apparu évident dès sa fin qu'il fallait parler des groupes que j'y avais vus. Pas pour juger de leur prestation, même s'il est évident qu'elle participe à l'histoire d'un groupe (mais seulement à un moment T), mais plutôt pour ne pas oublier ces noms pour la plupart inconnus "sauf des gens super branchés qui passent leur temps à chercher des nouveaux groupes sur Internet".
Allons-y dans l'ordre, ça sera plus simple :
1/ Bermud, ou Ber|Mud en deux mots, on sait pas trop.
C'était le seul groupe angevin du lot. "Angers, Rock City", on n'y échappe pas quand on y vit, moins si on n'y a jamais mis les pieds : il y règne une très forte émulation où les groupes se croisent, se font et se défont. Tout le monde se connaît et surtout, tout ça foisonne de talents fous. Bermud vient de sortir son premier album, et les amateurs de shoegaze à l'ancienne seront ravis, les membres du groupe ont bien digéré leurs influences et ils ont bien compris le feeling : ça passe crème et on goûte son plaisir. Ok, le chanteur ne regarde pas trop ses chaussures comme c'était le cas pour tous les groupes qui faisaient ce genre de musique, car il est plutôt expansif, limite frimeur, mais la musique est là. Une ouverture tôt dans l'après-midi avec un public encore clairsemé, mais un très agréable moment et un album que je vous conseille.
(la vidéo n'est pas de moi)
2/ Sylvie
Bon. Rappelons que ce festival est, au départ, axé sur les musiques psychédéliques, même si l'on y retrouve pas mal d'artistes post-punk ou autres. Et qui dit psychédélisme dit années 70, et qui dit années 70 dit aussi folk californien mâtiné de country américaine, ce qui était le cas ici. Je n'ai pas l'esprit assez ouvert, je l'avoue, je trouve même ça carrément horrible à entendre, malgré toute la sympathie que je peux accorder aux musiciens. Passons donc au suivant et buvons une bière.
3/ Triptides
Au départ, j'ai un peu peur que ça soit comme le groupe d'avant. Mais quand même, les mecs ont fait onze albums depuis 2011, ça mérite de les écouter avec attention, et à ma propre surprise générale j'ai pris un vrai plaisir à les écouter. De quoi s'agit-il ? D'un bond dans le temps il y a 50 ans, c'est tout et rien de plus. Les mecs sont habillés et coiffés comme en 1970, et leur musique, extatique et ensoleillée, fonce tête baissée dans une sorte de Air beaucoup plus péchu et allumé, ça lorgne beaucoup vers Pink Floyd, parfois un peu sur Led Zep, avec quand même quelques zestes de neo-psychédelia à la Inspiral Carpets du début des 90's. Les mecs prennent un vrai plaisir à jouer, leurs looks et attitudes sont parfaits, leur rock n'est ni mièvre ni ennuyeux, bref tout ça donne envie de se plonger dans les Byrds, Pink Floyd et consorts, voir même les premiers albums d'Elton John... Une anomalie dans mes goûts musicaux certes, mais il n'y a que les cons qui n'évoluent pas.
4/ Tramhaus
Confidence pour confidence, c'est pour eux que j'étais venu. Une vraie claque dans la gueule quand je les ai découverts il y a seulement deux mois, ces Hollandais n'ont fait qu'une dizaine de morceaux répartis sur trois EP, mais quelle puissance, quelle émotion ! Il s'agit ici de post-punk avec un petit fond de krautrock dirons-nous, une musique rageuse et hypnotique, un chant hargneux et désabusé, des ambiances tendues plus punks sur scène que sur disque, avec une présence scénique époustouflante. Jim Luijten, le chanteur, va devenir une star malgré sa coupe mulet, sa moustache et son anneau dans le nez, il a tout pour grâce à un charisme fou et la sympathie immédiate qu'il dégage. Les autres ne sont pas en reste avec un guitariste en transes perdu dans son monde, souvent les yeux fermés, les deux filles et leur petit gabarit complètement possédées par leur musique et pas du tout en retrait comme c'est souvent le cas pour les groupes où ce sont les mecs qui prennent le devant de la scène, et enfin le batteur... ben il est batteur quoi, il tape et il tape comme un dingue. J'avais prévenu les p'tites jeunes qui m'accompagnaient (non je ne suis pas un vieux satire) : "ça va être le meilleur concert, vous allez voir". Bingo, elles étaient conquises (et moi soulagé de ne pas passer pour un vieux con).
5/ Acid Dad
Acid Dad, tout comme Bermud, s'inspire plus que jamais du revival psychédélique du début des années 90, né au milieu des années 80 avec des groupes comme Spacemen 3 et Loop. Un pied dans la shoegaze comme leur dernier single sorti récemment (le bien nommé "1993", excellent) et un autre dans un psychédélisme moins évaporé, plus dur et plus sombre, qui a pu être produit par des groupes comme Sun Dial et tous les dérivés des Spacemen 3 et Loop, à savoir des grosses guitares électriques limite noise. Malheureusement, lors d'un festival qui débute à 16h30 et qui se finit à 1h du matin avec des groupes qui s'enchaînent sans temps mort les uns après les autres, il faut bien trouver un moment pour aller acheter une pinte de bière à 8€, une fougasse vegan au même prix, et satisfaire les besoins naturels (ça c'est gratuit). Ce sera pendant Acid Dad, mais je le jure, les trois morceaux auxquels j'ai assisté étaient top. Un groupe à découvrir ayant déjà deux albums à leur actif, donc la pochette de l'un est limite plagiée sur le fameux "Lazer Guided Melodies" de Spiritualized en 1992...6/ Clamm
Les Australiens de Clamm, j'aimais déjà bien leurs deux albums, avec leur espèce de punk froid aux limites de la noise, tout en cris et tensions, mais je n'imaginais pas l'hyper violence qui se dégagerait sur scène, un maëlstrom de bruit et de rage extrême, avec un chanteur crâne rasé qui m'a fait penser aux hooligans et skinheads des années 80, le genre de mec que tu n'as pas envie de croiser dans la rue seul la nuit. Un show sidérant malheureusement un peu noyé dans la répétitivité avec un moment où l'on se dit que les morceaux sont tous pareils, mais cela reste néanmoins un vrai plaisir animal à regarder (et pour certains à pogoter violemment, mais j'ai passé l'âge).
(puisque je vous dis que ce ne sont pas mes vidéos)
8/ L.A. Witch
Grosse déception, les L.A. Witch. Pourtant leur rock psyché garage blues, leur look tout en bas résilles et tenues en cuir noir tendance gothique, un peu désuet mais concept, avait de quoi charmer. Mais tout le début du set s'avère être du folk, certes d'outre-tombe, vite chiant. On en profite pour aller racheter des boissons revigorantes avec alcool et on rate, comme je l'ai vu sur Instagram tout à l'heure, la venue de Zia McCabe des Dandy Warhols, elle aussi tout en cuir et résille (à 50 ans, elle se pose là en MILF qui attire les jeunes), et on entend de loin les derniers titres qui rappellent pourquoi on a bien aimé ce trio californien sur l'avant-dernier ou l'antépénultième album...
7/ Porridge Radio
Porridge Radio, c'est le groupe de Dana Margoli, une anglaise de Brighton absolument craquante. C'est un moment "charmant", comme on en discute entre voisins du public, tous séduits par son énergie (elle remue beaucoup), son puissant coffre de voix, et surtout cette voix qui se brise régulièrement et qui déchire nos petits cœurs avec ses chansons d'amour impossible (le frisson quand elle répète "I don't wanna be loved" - ça donne l'envie contraire). Un moment indie-pop sans violence, très beau et une vraie poésie écorchée comme on en croise relativement peu souvent.
9/ The Dandy Warhols
C'étaient bien évidemment les stars de la soirée. Pour les avoir déjà vus deux fois, je savais un peu à quoi m'attendre. Mais il est clair que le choc du premier concert il y a dix ans ne se renouvellera plus. Certes, ce concert était bien mieux réussi que celui de Paris il y a tout juste un an, mais j'ai senti deux choses : le désir de se concentrer sur les morceaux les plus psychédéliques, répétitifs et envoûtants, dans lesquels ils excellent, au détriment des tubes, enchaînés à la fin du concert, comme pour dire, "ok vous les voulez, on vous les joue tous quand même" ; et l'état physique de Courtney Taylor, qui a perdu toute son énergie. Il bouge un peu, à peine, saute à la fin du morceau comme pour dire "voici un peu d'attitude rock", mais il n'est pas showman du tout, et très en retrait de Zia McCabe, la véritable star qui anime tout le groupe et lui donne son énergie en remuant constamment, et souvent de façon ultra-sexy et lascive. Et pour appuyer cette impression, ajoutons qu'on voit à peine les membres du groupe durant tout le set, fondus dans les lumières et transformés en ombres (le refus de montrer leur âge ?). Au final un bon concert, mais pas à la hauteur de ce que l'on peut attendre de ce groupe qui fut le plus cool et le plus enthousiasmant de la terre à un moment donné.
10/ Madmadmad
Avis à tous ceux qui sont partis après les Dandy Warhols : vous avez raté un truc. Ils sont trois : un batteur (un vrai batteur, surélevé sur scène par rapport aux autres), et deux... DJ's ? Ou plutôt manipulateurs de sons en tout genre, samples et bidouillages en direct, électronique à tous les étages, sans doute une grosse part d'impro aussi, en un show stupéfiant et sidérant pour une musique que vous n'avez jamais entendue de votre vie. On pense à du Art Of Noise pour les sons et samples bizarres, mixé dans du Daft Punk pour la basse groovy très funk (parfois interrompue par une grosse guitare électrique qui balance un riff punk), teinté de Meat Bat Manifesto pour le côté énervé, seul groupe auquel on pourrait d'ailleurs un peu les comparer, le tout drivé par une vraie batterie donc (exceptionnel pour de la musique électronique, les Young Gods faisaient ça à leurs débuts mais qui d'autre ?) et d'un esprit rave totalement réussi (ça danse, tout le monde danse, on aurait tous pu danser jusqu'à l'aube malgré nos plantes de pieds bien fatiguées - Lévitation, c'est sur un parking en goudron). L'un des deux DJ's (qui parle un français parfait alors qu'ils seraient londoniens ?) était en salopette rouge, il avait une tignasse comme ça n'existe plus (trois fois le volume de sa tête), et il sautait partout lui aussi (ça sautait beaucoup dans ce festival), ajoutant au côté transes épileptiques de l'ensemble. Je termine en ajoutant que si l'on devait mettre une scène figurant un groupe de rock dans un film de science-fiction qui se déroule en 2150 ou 2248, je ne vois qu'eux. On pourrait d'ailleurs ajouter leur musique dans Star Wars, dans la fameuse scène du bar avec tous les monstres et un "orchestre".
Quoiqu'il en soit, une excellente fin de deuxième journée de festival que je ne suis pas prêt d'oublier, avec comme seul regret celui de ne pas avoir été présent la première journée.
07 avril 2023
Margaritas Podridas, les marguerites pourries fleurissent au Mexique
Rotten Daisies, c'est comme ça qu'ils se sont appelés à leurs débuts. Et puis ils ont vite changé de nom pour assumer leurs origines : bienvenue aux Margaritas Podridas, un groupe venu de Hermosillo, état de Sonora, au nord du Mexique. Une grande ville, 800 000 habitants, à 3h de route des Etats-Unis, où la jeunesse désœuvrée et écœurée par son gouvernement et par l'état du monde est la même que partout.
Pour Carolina Enriquez (chant, basse), Esli Meuly (Guitare, Choeurs), Alfonso López (Guitare) et Rafael Domínguez (batterie), aidés par Sofia Léon -c'est la composition actuelle du groupe- balancer un maximum de décibels est le meilleur moyen de supporter la pression. Directement inspirés par les groupes noise américains des années 90, le mouvement féministe pré-riot grrrls (Hole, Babes In Toyland - modèles évidents pour Carolina, mignonne petite blonde vêtue de jolies robes blanches à dentelles à qui l'on donnerait le bon Dieu sans confession), sans oublier les maîtres des guitares bruitistes, Sonic Youth, mais également par toute une jeunesse qui se noyait dans le flot des larsens en regardant ses chaussures de l'autre côté de l'Atlantique, en Grande-Bretagne (les shoegazers, de Ride à My Bloody Valentine en passant par Chapterhouse ou Swervedriver), le tout enrobé d'un zeste de post-punk et de goth ; ils ont choisi de faire revivre les deux genres (même si le revival shoegaze est très marqué depuis 15 ans) en les alternant à merveille dans toutes leurs compositions.
Faire du neuf avec du vieux, ils savent le faire à merveille les Margaritas Podridas, car ce qui a toujours primé dans ce genre de musique, c'est l'émotion brute, à fleur de peau : éthérée/évaporée/déprimée pour la shoegaze, destructrice et ultra-violente pour la noise.
Un premier mini-album, Porcelain Mannequin, est sorti en cassette à l'été 2018 sur un petit label, sous le nom de Rotten Daisies et bien souvent qualifié de "grunge", ce qu'il n'est absolument pas (rappelons que le grunge, c'est le croisement entre le punk et le hard-rock, alors qu'il n'y a pas ici un zeste de hard-rock).
Réédité en 2019 puis 2020 sous des formats standards plus accessibles, il commence peu à peu à imposer le groupe. Dès l'ouverture, le morceau éponyme met les choses au clair : on n'est pas là pour rigoler, et les sept morceaux qu'ils contient montrent un groupe déjà mûr et original. Et si la vidéo de Chant fait encore penser à de la musique gothique/post-punk, dans une sorte de Siouxsie & The Banshees énervé, tourné dans un cimetière, les guitares sont déjà là qui transforment la morgue en rage. Très énervé, l'album est un condensé de rage punk basique comme on en entendait dans les années 90 : sept titres, 18 minutes dans lesquelles on croise les fantômes de Bikini Kill ou Hole, avec encore un son de guitares sans doute un peu trop polissé, mais cela n'a aucune importance : on en redemande.
C'est avec Margaritas, le troisième titre, que l'auditeur basculera -ou pas- du statut d'amateur éclairé à celui de fan hardcore : ce morceau fantastique mise tout sur la voix de Carolina : d'abord toute en retenue sur des nappes de guitares très My Bloody Valentine, à la différence près qu'au lieu de se cantonner à un désenchantement existentiel fatigué, c'est une colère sans nom qui monte peu à peu, jusqu'à ce qu'elle se transforme en hurlements venus des tréfonds de l'âme... Quelle baffe, mes aïeux ! Mais qu'est-ce qui a pu pousser cette frêle jeune fille à souffrir autant ? Ce qui est sûr, c'est que tout ça n'est pas de la frime. Le reste de l'album est à l'encan, avec alternances de plages oscillant entre les Cocteau Twins, Lush ou The Charlottes, et des montagnes russes émotionnelles. On ressort de là avec le besoin désespérer de tout recommencer...
08 mars 2023
Le rock chrétien revient en force avec POESIE ZERO
La meilleure nouvelle de ce début d'année, c'est bien évidemment le retour de POESIE ZERO, le groupe de musique de jeunes venu de Nantes mais que chacun peut s'approprier en téléchargeant leurs morceaux pour les jouer partout dans le monde, ou même d'en inventer de nouveaux (pour l'instant seulement à Rueil-Malmaison et Gif-sur-Yvette, à Toulouse aussi -en fait j'ai rien compris- mais ne perdons pas espoir, la Fédération Internationale de Poésie Zéro a un bel avenir devant elle).
Le groupe vient donc de sortir deux nouveaux albums coup sur coup, avec un travail sur les pochettes vraiment réussi grâce à un graphisme chamarré de toute beauté : ALBUMBLEU (pochette vert pomme) et LALBUMBLEU (pochette bleu azur).
On rira ainsi comme des enfants à l'écoute de "TOUT 9A BRÜLE TR7S BIEN" (le single doublé de sa superbe vidéo, disponible partout sur la page Facebook du groupe), on tremblera avec "JE VEUX CREVER" ou "LES PAUVRES MERDES QUI VEULENT QUE TU TRAVAILLES", on croquera la vie à belles dents avec "C4EST VRAIMENT DE LA DROGUE" ou "VOTER AVEC UN PAV2", enfin on chantera en choeur sur ces appels au respect et à la tolérance que sont "LES AMI·ES DE MERDE" ou "SEUL·E" (saluons le point inclusif fort bienvenu pour, enfin et une bonne fois pour toutes, dénoncer la tyrannie du genre).
Les incursions ska, techno et soul (un orchestre de cuivres sur "LA TROMPETTE DU PROL2TARIAT") qui pimentent ces deux albums, principalement basés sur les arpèges de guitare, permettront également aux plus intransigeants de se sentir libres et heureux dans un environnement sain et festif.
Remercions enfin ces musiciens talentueux pour ne pas nous imposer un ennui trop massif puisqu'aucun titre ne dépasse les 2 minutes 30 sur les 21 que comptent les deux albums. Je ne peux résister à citer ces paroles qui devraient faire réfléchir la plupart de nos lecteurs pour conclure cette chronique : "SEUL·E / TU VAS CREVER COMME TU ES N2·E / SEUL·E / ET PUIS LE MONDE VA T4OUBLIER".
> https://poesiezero.bandcamp.com/
JE SAIS PAS COMMENT METTRE ICI LA PUTAIN DE VID2O
NAZE DU DERNIER SINGLE 3TOUT9A BRÜLE TR7S BIEN3
PS : pour un confort de lecture accru j'ai désactivé la touche MAJ de mon clavier, mais le lecteur averti pardonnera cette défaillance bien naturelle, tout ça est fait par amour, et rien d'autre.
10 février 2023
Monde cruel
Vous trouvez cette affiche alléchante ? Avec les trois premières lignes en gros et gras, et tous ces noms de groupes cultes parmi les cultes, ça vaut le détour pas vrai ?
Eh bien moi, elle me fait peur, cette affiche. Passé le premier effet "wahou" on se replonge dans la réalité :
- Siouxsie Sioux : 65 ans,
- Iggy Pop : 75 ans,
- Billy Idol : 67 ans,
- Ian McCulloch (Echo & The Bunnymen) : 63 ans,
- Adam Ant : 68 ans,
- Phil Oakey (Human League) : 67 ans,
- Daniel Ash (Love & Rockets) : 65 ans,
- Gary Numan : 64 ans,
- Andy Gill (Gang Of Four) : 65 ans...
Le rock a toujours été pour moi un camarade de combat, une force, une solution, un accompagnement destiné à supporter le quotidien, à s'en évader. Quand on arrive à un certain âge, pour pouvoir avancer le plus loin possible, on s'appuie sur les épaules de jeunes costauds plein de force, pas sur celles de ses congénères voûtés et fatigués.
Les boomers comme moi (nan c'est pas mon cas désolé) sont devenus des collectionneurs de disques : ils passent leur temps à racheter, encore et encore, des vinyles trouvés dans des brocantes, à prendre en photo le disque qui tourne sur leur platine avec la pochette bien en évidence, à publier et republier des vidéos de tubes archi-connu(e)s, les vidéos comme les titres.
Je comprends bien leur besoin et ça m'arrive parfois, mais je ne m'imagine pas une seule seconde faire ça continuellement, il y a quelque chose là-dedans de flippant. C'est comme si c'était sous-titré : "regardez mon disque comme il est beau, regardez mon passé comme il est toujours là".
Bien entendu il ne faut pas oublier son passé ni le négliger... mais le célébrer en permanence ? Soyons clair : je ne rejette absolument pas ce que j'ai écouté à une certaine époque, même s'il y a des choses que je n'écoute plus du tout, car elles ne correspondent plus à l'individu que je suis aujourd'hui.
Le moindre des paradoxes, allez vous rétorquer, c'est que je fais moi-même des podcasts bourrés de vieilleries, mais qu'on ne se méprenne pas : il s'agit de raconter une histoire, de savoir d'où l'on vient pour mieux comprendre où l'on va. On écoutera mieux un jeune groupe quand on connaît ses influences et que l'on trouve des repères du passé à sa musique.
Le but n'est pas de se dire "c'était mieux avant", mais d'expliquer comment c'était, et pourquoi c'était comme ça. Certes cela peut provoquer un certain cynisme (c'est le syndrome du chroniqueur de disques, une espèce en voie de disparition), celui de l'érudit blasé qui trouve toujours une comparaison pour dénigrer le présent par un dédaigneux "pfff, ça a déjà été fait", mais le boulot de l'historien, c'est aussi de démêler le vrai du faux et de montrer que ce jeune groupe a recréé sans le savoir un son du passé, ce qui permettra de mieux apprécier leur inspiration et de la situer dans le contexte du monde d'aujourd'hui. C'est un peu comme l'étude des origines du nazisme permet de mieux comprendre la montée des fascismes actuels, hein.
Je ne regrette pas ce passé, pas du tout. Pas plus que je n'ai jamais été fan du moindre groupe : on aime un morceau pour ce qu'il est, pas pour qui l'a composé, je n'ai jamais compris ce phénomène et j'essaye d'avoir un esprit complètement vierge à chaque écoute d'une nouvelle production par un groupe que je connais déjà très bien.Ce qui me fait peur, c'est qu'il y a pourtant pléthore de très bons groupes aujourd'hui, et qu'au lieu de ne voir sur les réseaux sociaux fréquentés par les gens de mon âge que des posts enthousiastes qui leur sont consacrés, avec au milieu un peu de nostalgie, c'est le contraire qui se passe. Cette affiche en témoigne : on privilégie les vieux barbons au lieu des jeunes pousses. Ce qui serait sain, ce serait que "Siouxsie", "Adam Ant", "Echo & The Bunnymen" soient indiqués en petit, avec un "en spécial guest !" indiqué à côté de leur nom.
Cela résonne aussi avec tout ce que je détestais quand, à 15 ou 16 ans, j'ai commencé à écouter du rock alternatif : il était insupportable de voir tous ces vioques complètement has-been faire la une des magazines de rock. Bruce Springsteen, Dire Straits, Yes, Genesis, Rod Stewart. Au secours ! Moi j'écoutais The Cure, New Order, Taxi Girl, et ils avaient à peine le droit de cité.
Et puis merde, et le glamour dans tout ça ? Et la jeunesse arrogante qui emmerde les vieux ?
Cette affiche nous renvoie dans la gueule ce que nous sommes devenus, nous les quaran... cinquantenaires/soixantenaires. Rien ne m'excite plus aujourd'hui que toute la nouvelle scène post-punk 2.0 venue de Grande-Bretagne, et si de temps à autre je me refais avec plaisir un bon Buzzcocks, un petit Pixies ou un plombant Joy Division, c'est pour mieux revenir à l'actualité. C'est en elle que coule la sève de 2023, c'est elle qui me revigore, m'excite, me rend fort et heureux.
Que des gens de vingt ans soient contents en voyant cette affiche, je veux bien le comprendre, ils n'ont jamais pu voir lesdits groupes il y a trente ans donc ils en profitent, sans les œillères que nous avions dans les années 80/90, avec ce snobisme qui consistait à rejeter tout ce qui datait "d'avant" (en général depuis 1977). C'est même une attitude saine et bienvenue. Mais je ne comprends pas que quelqu'un de mon âge soit encore tout émoustillé à l'idée d'aller voir ces gens sur une scène.
Enfin quoi, se retrouver devant des gros chauves ridés sur scène et autour de soit, qu'y a-t-il d'enthousiasmant là-dedans ? Ce qu'ils chantaient signifiait quelque chose à l'époque où ils l'ont écrit, mais qu'est-ce que ça veut dire aujourd'hui ?
Qu'un groupe se reforme au bout de vingt ans de silence, pas de souci si c'est pour refaire de la musique, créer quelque chose de nouveau qui correspond à ce qu'ils sont devenus (évitez les photos avec vos têtes quand même) et j'irai avec plaisir, mais si c'est pour essayer de retrouver un peu ce qu'ils ont définitivement perdu en rabâchant ce que tout le monde connaît par cœur, je trouve ça juste gênant et triste (et je ne parle pas de ceux qui cachetonnent bien sûr, ils n'ont que ma pitié - pas mon mépris, ça peut arriver d'avoir besoin de thunes - pas vrai, Peter Hook ?).
Il n'y a pas de moralité à ce post. Je sais que vous serez nombreux à ne pas comprendre ce que je veux dire ou à trouver cela ridicule et injuste. Peut-être qu'après tout c'est moi qui n'accepte pas mon vieillissement, et je le rejette sur les autres, c'est possible.
Mais le "c'était mieux avant", non, jamais, pas question, ce n'est pas pour moi. Avant c'était avant, et c'était super, mais c'est fini.







