We’d been waiting a while, teased first by the May single “A Reason Why”, then “Celebrate” in September, and finally “Tiny Ghosts and Disco Lights” in October… and here we are at last. “Big Big Smile”, the band’s second album (or first, if you consider “…About Going Home” to be an EP), dropped a few days ago and it’s already taking off. The band has levelled up: Baptiste’s singing has never sounded better, and the emotion running through each track feels sharper, brighter, impossible to resist. Ever seen people cry at a gig? Come see Fragile. You’ll also see ecstatic grins, and you’ll feel a surge of warmth and kinship flowing both ways, from the crowd to the band and from the band back to the crowd. It’s the kind of connection you get with a group like Turnstile, something powerful and fresh that isn’t quite hardcore, nor new wave, nor pop, nor emo, but a mix of all that, with even a touch of shoegaze. Some call it “emo post-hardcore”; we’ll just call it immense talent.
The band can do anything he wants, breaking free from the hardcore framework that’s been stretched thin over forty years, adding ethereal guitars, tempo slowdowns that let the emotion seep through, fierce riffs that stake out a hunger for life, and even a lovely closing ballad. And on top of that, it’s still perfect for a bit of stage-diving. What more could anyone ask for? It’s more than enough to say it loud and clear: Fragile is one of the brightest hopes in French rock right now, and missing out would be a real shame.
On l'attendait depuis un petit moment, alléchés par le premier single, "A Reason Why" en mai, le second, "Celebrate", en septembre et enfin le troisième, "Tiny Ghosts and Disco Lights" en octobre... c'est chose faite, "Big Big Smile", deuxième album (ou premier si l'on valide le fait que "...About Going Home" n'était qu'un EP) est sorti il y a quelques jours et c'est déjà un gros carton ! Le groupe est monté en puissance : Baptiste chante mieux que jamais et l'émotion qui transpire de chaque morceau est amplifiée, magnifiée, irrésistible. Vous aviez déjà vu des gens pleurer à un concert ? Eh bien venez donc voir Fragile ! Vous verrez aussi des sourires extatiques, et vous ressentirez une telle dose d'amour et de fraternité, du public envers le groupe, du groupe envers le public, que vous succomberez à cette musique-là, quelque chose de nouveau et de fort que l'on peut ressentir avec Turnstile par exemple, quelque chose qui n'est ni du hardcore, ni de la new-wave, ni de la pop, ni de l'emo, mais un mélange de tout ça, avec même un peu de shoegaze. Certains appellent ça du "emo post-hardcore", on appellera ça simplement un immense talent.
Le groupe peut tout se permettre, s'évadant du carcan d'un hardcore dont on a fait le tour depuis quarante ans, pour y ajouter des guitares éthérées, des ralentissements de tempo pour mieux laisser filtrer l'émotion et la sensibilité, des riffs saignants pour bien affirmer la rage de vivre et même une chouette ballade finale. Et en plus, tout cela reste parfait pour faire un peu de stage diving, alors que demande le peuple ? Il n'en faut pas plus pour l'affirmer haut et fort : Fragile est un des grands espoirs du rock français actuel, et il serait bien dommage de passer à côté.
Blur n'en finit pas de ne plus exister. Après "Magic Whip", l'album du retour en 2015, 12 ans après le dernier "Think Tank" en 2003, voici l'album du retour du retour, 8 ans plus tard. Blur est toujours là, et c'est tant mieux, car les prestations solo de ses divers membres (y compris au sein d'un Gorillaz devenu routinier), bien que sympathiques, laissaient toujours un arrière-goût d'inachevé, de manque de perfection, de ce petit brin de folie qui a toujours existé dans Blur.
Car il faut le rappeler aux plus jeunes : Blur a commencé comme un groupe baggy, ce sous-genre du rock indé né à la fin des années 80 mêlant pop sixties, dance music, psychédélisme et une micro-dose de (post-)punk, avant d'être estampillés britpop, un fourre-tout destiné à évoquer quelques groupes capables d'émoustiller les minettes en mal d'idoles et surtout à rapporter plein de sous à l'industrie du disque, revenue d'entre les morts depuis la fin du grunge et de ses musiciens aux cheveux longs pas assez sexy. D'aucuns s'obstinent depuis à ne voir en Blur que l'aspect jolies mélodies et bluettes calibrées pour les charts, mais c'est une grossière erreur : Blur a toujours concilié la pop la plus kitsch qui soit avec les titres tordus, bizarres, bourrés d'expérimentations sonores, voire parsemés d'éclairs de violence. Et c'est cela leur force : réussir dans tous les cas à ne jamais avoir l'air ridicules ou inaccessibles.
Ceci étant, la vraie question est la suivante : ce nouvel album est-il à la hauteur de ce que l'on a connu, et bien sûr de ce que l'on attend ? Le groupe semble avoir bien compris le message : il ouvre l'album avec The Ballad, une ballade, donc, gentille et sirupeuse à souhait, comme pour nous dire : "on commence par ce que vous vouliez". Puis il enchaîne avec tout à fait autre chose, histoire de nous rappeler "ça, c'est nous aussi" : St Charles Park, c'est leur côté Dr Jekyll, avec ses guitares dissonantes et sales sur lesquelles ils arrivent malgré tout à nous coller des choeurs "comme si c'était une ballade". Ce sera cependant le seul morceau du lot à dénoter du reste. "The Ballad of Darren" lorgne beaucoup plus du côté ballades, qu'elles soient symphoniques (Russian Strings, The Heights) ou seventies (Avalon), acoustiques (The Everglades (For Leonard)) voire electro "à la Pet Shop Boys" (Goodbye Albert). Il y a bien sûr aussi un superbe morceau, le single sorti un peu plus tôt, (The Narcissist).
Au final, un résultat mi-figue mi-raisin : un bon album certes, mais sans réelle surprise ni culot. Les gars ont roulé leur bosse, et ils connaissent la recette, elle est efficace. Le talent est là, les idées aussi, mais on aurait sans doute aimé être un peu plus secoués avec ces dix morceaux étalés sur seulement 35 minutes...
Dans la critique de Télérama, journal pas forcément très orienté rock indé, l'album de PJ Harvey est classé dans la catégorie "variétés". C'est dire si la musique de la jeune féministe enragée et teigneuse du début des années 90 a évolué. Mais ce n'est pas péjoratif pour autant : les gens mûrissent (enfin la plupart), et les artistes comme les autres. Leur musique, quand elle est sincère et débarrassée du souci de plaire, fait de même.
C'est bien ici le cas avec Polly Jean, 53 ans, qui, plus elle vieillit, plus elle enrobe sa musique de silence, de dépouillement et de mysticisme. Il ne reste guère de ses débuts que sa noirceur profonde, qu'elle prenne la forme d'un cri de rage ou de l'angoisse de la mort. On apprécie l'artiste donc, mais sa musique, c'est plus compliqué. On aimerait l'adorer, la chérir, s'extasier sur chaque nouveauté, mais force est de constater qu'on a tort de vouloir vivre avec le passé et que PJ Harvey ne reviendra jamais à la musique de ses premiers albums, qu'il s'agisse de blues-punk violent et rêche ou de folk indé vénéneux et douloureux.
Les deux derniers disques, qui datent déjà pas mal, avaient laissé un sentiment mitigé, et on s'ennuyait gentiment quand on ne grimaçait pas sur les passages à la harpe. Certains criaient au génie, d'autres, moins aptes à s'éloigner du rock au sens large (votre serviteur s'y inclut - et ce n'est pas péjoratif non plus, chacun son truc) appréciaient poliment puis passaient à autre chose et oubliaient.
Ce nouvel album ne change pas la donne, si ce n'est qu'il s'avère finalement plus agréable à écouter que ses prédécesseurs, avec ses morceaux étonnament courts, décharnés et sans fioritures désagréables ou limite prétentieuses. Et un petit côté Radiohead intéressant, avec ses ambiances sonores très expérimentales. Il s'en dégage surtout, et c'est là sa vraie force, un désespoir existentiel sans limites. Existentiel, précisons-le, sans quoi l'on pourrait croire à une certaine forme de tranquillité zen, les plaintes marquées n'étant pas l'apanage de la dame, qui est bien au-dessus de tout ça.
Un disque pas si mal donc, et même plutôt réussi, à écouter au casque, dans la nuit, quand on réfléchit au sens de la vie. En journée, par contre, on préférera un bon petit groupe de rock basique, plein de vie et -encore pour un moment au moins- d'espoir.
La fureur salvatrice, dès le début de l'album, ne suffira pas. Elle ne suffira pas à retirer la tristesse de se dire que cette fois-ci, l'aventure LANE est belle et bien terminée. Qu'il n'y aura plus d'albums, que le souvenir des Thugs qui, quoiqu'on en dise et même si ce n'est pas sympa pour Étienne et Cam venus de Daria, apparait toujours en filigrane au travers de ces guitares saturées bourrées d'émotion et du chant si particulier d'Éric, reconnaissable entre mille ; que ce souvenir, donc, va peu à peu s'éloigner et rejoindre les grands noms de l'histoire du rock. Car oui, c'est une des page les plus brillantes du rock français qui se clôt : LANE n'existe plus, les frangins Sourice sont passés à autre chose, les frangins Belin sont revenus à Daria, le fils Sourice quant à lui débute une carrière prometteuse avec les merveilleux Fragile, dont nous avons chroniqué récemment le premier EP. Alors que dire de ces sessions studios, derniers enregistrements non finalisés (novembre 2021) mais dûment mastérisés pour ne pas être abandonnés et jetés aux oubliettes ? Eh bien, que non seulement elles nous offrent des morceaux tous parfaits, des plus lents et envoûtants aux plus enragés en passant par ces bulles d'émotions écorchées vives et bouleversantes, typiques du groupe ("Sunday Night", "Painted White", "Elliott Bay"), mais qu'en plus elles montrent que LANE n'a jamais vraiment eu besoin de produire ses albums : les sonorités brutes du studio de répétition, certes un peu plus basiques, rugueuses, notamment au niveau de la batterie, captées dans l'instant, font ressortir à merveille l'urgence, la sensibilité et l'émotion de la musique. Salut les gars, bonne chance dans vos nouveaux projets et surtout : merci, on ne vous oubliera pas.
Nouveau groupe originaire d'Angers, et premier EP (on ne vous en voudra pas si vous préférez dire que c'est un album, vu qu'il y a huit morceaux), que l'on attendait impatiemment depuis leur premier single "Take Care", sorti début 2022. Fragile, c'est une bande de potes venus d'horizons musicaux divers et variés, ce qui en fait la valeur ajoutée : Baptiste au chant, ex Dogs For Friends, pop éthérée ambiante minimaliste, Manuel à la basse, qui joue aussi dans la formation électro Scuffles, JB et Josic aux guitares, JB venu d'un groupe de punk harcdore mélodique de qualité et Josic, un ex-Wild Fox, punk garage tendance psychobilly et psychédélisme qui vient d'annoncer sa dissolution et enfin, Félix, à la batterie, fils et neveu des mythiques Thugs qui officiait précédemment comme guitariste dans LANE (Love and Noise Experiment) avec ces on-ne-peut-plus respectables référents.
Après ces présentations indispensables, c'est surtout à ce disque que l'on se doit de s'intéresser. Avec "...About Going Home", rarement le terme d'emo-core aura aussi bien mérité son appellation. "Emo" pour un genre musical né à la fin des années 90 et inauguré quelques années plus tôt par des groupes comme Fugazi ou Quicksand, qui signifie tout simplement "émotion", vous l'aurez compris, et "Core" pour "hardcore" bien sûr, pas le hardcore de la techno ni celui du porno, mais celui né sur les cendres du punk-rock, tendance accélérée et jusqu'au-boutisée qui rime avec fureur, énergie et urgence. Et de l'émotion et de l'urgence, il y en a une sacrée dose dans ces huit morceaux parfaits, menés tambour battant comme si la vie des musiciens en dépendait. Le chant de Baptiste, plus hurlé que chanté, imprime sa marque sur l'ensemble du disque, accentuant les sensations ressenties comme lorsqu'il martèle "I'm sick" sur les dernières notes de "Model" : ça vous prend aux tripes et on sent bien que tout ça est profondément sincère (ceux qui les ont vus en concert auront sans doute noté son petit côté Ian Curtis, avec sa gestuelle maladroite). Riff de guitares à la Cure ("Winter at the Museum", sorti naturellement en single), basse à la Killing Joke ("Anhedonia"), voilà pour les références qui parlent à tout le monde. Pour d'autres plus actuelles, on pense aux Américains de Touché Amoré, au superbe album de Drug Church, "Hygiene", sorti l'an dernier, aux morceaux les plus calmes de Turnstile, qui flirteraient presque avec du Cocteau Twins ("Overview") et enfin -et ce n'est sans doute pas un hasard- aux titres les plus douloureux des Thugs ou de LANE : par exemple sur "Murmuration", un morceau bouleversant, tragique et absolument magnifique, qui réussira sans doute à tirer une petite larme d'émotion aux plus endurcis. Mentionnons enfin le refrain de "Selfless" qui pourrait même presque plaire aux amateurs de britpop grâce à sa mélodie entêtante, du genre de celles que l'on fredonne sous la douche. Vous l'aurez compris "...About Going Home" se hisse d'emblée au meilleur niveau du hardcore international le plus moderne qui soit. Un putain d'album (pardon, EP) qui marquera l'année 2023, à n'en pas douter.
La meilleure nouvelle de ce début d'année, c'est bien évidemment le retour de POESIE ZERO, le groupe de musique de jeunes venu de Nantes mais que chacun peut s'approprier en téléchargeant leurs morceaux pour les jouer partout dans le monde, ou même d'en inventer de nouveaux (pour l'instant seulement à Rueil-Malmaison et Gif-sur-Yvette, à Toulouse aussi -en fait j'ai rien compris- mais ne perdons pas espoir, la Fédération Internationale de Poésie Zéro a un bel avenir devant elle).
Le groupe vient donc de sortir deux nouveaux albums coup sur coup, avec un travail sur les pochettes vraiment réussi grâce à un graphisme chamarré de toute beauté : ALBUMBLEU (pochette vert pomme) et LALBUMBLEU (pochette bleu azur).
Poésie Zéro lors de leur tournée des églises canadiennes
Ils avaient fait de même en 2019, ce qui leur avait valu un sponsoring enthousiaste de la part de LECLERC et de SODEBO, avec ALBUMBLEU III (pochette jaune) et ALBUM BLEU 3 (pochette rouge). De fait, dès 2012 le groupe proposait de superbes oeuvres ("POESIE ZERO" en 2016, "L'Album Bleu" en 2014 et "L'album bleu" en 2012). Aujourd'hui, c'est le retour d'un groupe mûr, établi, à la musique raffinée, ciselée par l'expérience et bonifiée avec l'âge (François-Xavier, le chanteur charismatique, a déjà 50 ans).
Musicalement donc, POESIE ZERO a su évoluer, et de façon considérable. Ils l'expliquent eux-mêmes avec brio dans cet extrait de "L4HYMNE PUNK" dont on n'a pas de fini de parler dans les écoles de commerce ou les boîtes de communication et de coaching : "DES CHANSONS QUI RESSEMBLENT 0 TOUTES LES PR2C2DENTES / RIEN DE NOUVEAU DANS LE PUNK DEPUIS LES ANN2ES SOIXANTES / SI TU CROIS QUE TU PEUX PAS LE FAIRE BEN T4AS TORT / C4EST TOUJOURS LA MËME MERDE AVEC LES MËMES ACCORDS".
L'émotion et l'intelligence sont bien présentes à chaque note, avec toute une palette de sentiments riches et profonds, émouvants reflets de ce qui constitue un être humain dans toute sa fragilité.
On rira ainsi comme des enfants à l'écoute de "TOUT 9A BRÜLE TR7S BIEN" (le single doublé de sa superbe vidéo, disponible partout sur la page Facebook du groupe), on tremblera avec "JE VEUX CREVER" ou "LES PAUVRES MERDES QUI VEULENT QUE TU TRAVAILLES", on croquera la vie à belles dents avec "C4EST VRAIMENT DE LA DROGUE" ou "VOTER AVEC UN PAV2", enfin on chantera en choeur sur ces appels au respect et à la tolérance que sont "LES AMI·ES DE MERDE" ou "SEUL·E" (saluons le point inclusif fort bienvenu pour, enfin et une bonne fois pour toutes, dénoncer la tyrannie du genre).
Les incursions ska, techno et soul (un orchestre de cuivres sur "LA TROMPETTE DU PROL2TARIAT") qui pimentent ces deux albums, principalement basés sur les arpèges de guitare, permettront également aux plus intransigeants de se sentir libres et heureux dans un environnement sain et festif.
Remercions enfin ces musiciens talentueux pour ne pas nous imposer un ennui trop massif puisqu'aucun titre ne dépasse les 2 minutes 30 sur les 21 que comptent les deux albums. Je ne peux résister à citer ces paroles qui devraient faire réfléchir la plupart de nos lecteurs pour conclure cette chronique : "SEUL·E / TU VAS CREVER COMME TU ES N2·E / SEUL·E / ET PUIS LE MONDE VA T4OUBLIER".
JE SAIS PAS COMMENT METTRE ICI LA PUTAIN DE VID2O NAZE DU DERNIER SINGLE 3TOUT9A BRÜLE TR7S BIEN3
QUI VIENT DE FACEBOOK ALORS J4EN METS UNE VIEILLE
ET TANT PIS SI 9A VOUS PLAÏT PAS
PS : pour un confort de lecture accru j'ai désactivé la touche MAJ de mon clavier, mais le lecteur averti pardonnera cette défaillance bien naturelle, tout ça est fait par amour, et rien d'autre.
Le rock est cyclique, ça se voit bien dans le découpage de périodes d'années que j'ai essayé de réaliser, là, ci-contre à droite dans la catégorie "podcasts".
Il est forcément difficile de se situer dans le présent, sans avoir un peu de recul sur les sorties d'albums, la naissance et la mort des groupes et l'évolution des styles musicaux, mais depuis quelques années, il me semble clair que nous nous situons dans un revival post-punk nettement marqué, la 3ème vague après celle, assez éphémère, de la première moitié des années 2000.
Du post-punk modernisé, "punkisé" via une énergie débordante et avec un style de chant parlé assez flagrant lui aussi d'un côté, mais toutes ses tendances sont bien représentées également (cold-wave, dance-punk, avant-garde, etc). Certes, ce genre de musique est toujours limité géographiquement, et si les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se différencient moins l'un de l'autre aujourd'hui que par le passé, il reste toujours de grandes différences entre les groupes français et anglo-saxons, en incluant depuis quelques temps les australiens et néo-zélandais, encore différents. Sans parler des allemands ou des scandinaves, qui eux aussi ont en général un style bien à eux.
Cette année aura vu la concrétisation ou la disparition de groupes nés il y a 3 ou 4 ans qui sont passés du statut de groupes de bars à celui du remplissage de grandes salles (je n'irai pas jusqu'aux stades, ce blog n'est pas encore consacré au rock mainstream grand public) : Viagra Boys, Amyl & The Sniffers, IDLES ne sont plus des débutants, c'est avec eux que l'actualité se fait et se défait, et ça se voit dans notre beau pays, ils passent à l'Elysée-Montmartre, à l'Olympia ou au Bataclan, sans doute les plus grandes salles parisiennes si l'on exclut bien sûr Bercy (pardon, Accor Hotel Machin) ou le Zénith.
Mais passons à l'essentiel. Pour ne pas faire comme tout le monde, j'ai choisi 15 albums (et encore je me suis forcé), voici sans ordre particulier quelques lignes sur chacun.
LIFE : "North Coastal Town"
Combo anglais de la nouvelle scène post-punk énervée dont je parlais plus haut. C'est leur 2e album, un peu différent du premier car plus difficile d'abord, il faut s'immerger dans les chansons pour en percevoir l'originalité et la force, mais c'est un bijou. Et sur scène, c'est vraiment sympatoche, avec un Mick Sanders au chant qui possède un vrai charisme. Le passage au 3e album devrait être décisif pour les introniser comme l'un des groupes importants des... années 20, en tout cas on espère.
The Eternal Youth : "Life is an illusion, love is a dream"
Seul groupe français du lot, mais ce n'est déjà pas si mal ! Les caennais en sont à leur troisième album : le deuxième avait déjà fait sensation l'année dernière, celui-ci remet le couvert avec son "emo-post-hardcore" bourré de feeling et d'émotions. The Eternal Youth sont les dignes héritiers des géniaux Thugs avec cette capacité impressionnante - et rare - à glisser dans un seul et même morceau autant de mélancolie que de colère, avec des refrains à fredonner sous la douche et des guitares énervées pour pogoter entre potes, le tout avec une sincérité et une modestie désarmantes.
Horsegirl : "Versions of Modern Performance"
Trio féminin de Chicago, ces jeunes filles bourrées de talent réinventent le noise-rock à la Sonic Youth, avec de l'électricité et des larsens, mais l'on devrait presque parle de noisy-pop voire de shoegaze, car les adjectifs qui décrivent le mieux leur musique seraient plutôt la douceur et la mélancolie, avec des tas de trouvailles mélodiques réjouissantes par dessus... bref un sacré feeling. C'est leur premier album et on a hâte d'en écouter plus.
Deliluh : "Fault Lines"
Direction le Canada (bon, c'est de là qu'ils viennent mais maintenant ils sont à... Marseille) avec Deliluh, et deux potes qui utilisent leurs guitares et leurs synthés pour de longues plages monocordes, répétitives, sombres et poignantes. C'est quasiment de la musique drone, et en effet, ce n'est pas gai du tout, mais comme l'assure la plateforme Deezer sur l'une de ses playlists préfabriquées pour auditeurs fainéants "la musique est plus belle quand les artistes sont tristes."
Wu-Lu : "Loggerhead"
Wu-Lu, c'est le projet de Miles Romans-Hopcraft, un multi-instrumentiste Noir de la banlieue sud de Londres, immergé dans la culture hip-hop autant que dans celle du rock alternatif. Eh oui, en 2022, les genres se mélangent... Mais ils se mélangeaient déjà dans les années 90, avec trois artistes auxquels on pense beaucoup en écoutant ce somptueux album : Tricky, Massive Attack ou encore Unkle. Un album sombre, tendu, avec une violence sourde et une colère qui reste rentrée (elle n'explose qu'une seule fois comme sur l'hallucinant morceau "South" qui vaut à lui seul tout cet album) et auquel on revient encore et encore.
Automatic : "Excess"
De la cold-wave californienne minimaliste, froide et répétitive mais pas déprimée et presque dansante parfois ! Voir ma chronique sur ce blog.
Bob Vylan : "Bob Vylan Presents The Price Of Life"
La punkitude n'est plus l'apanage des middle-class Blancs, elle en passe de se faire réapproprier par la communauté Noire ! Voir ma chronique sur ce blog.
Sports Team : "Gulp!"
Un... sextet (c'est rare !) venu de Londres dont le premier album se pose là : une power-pop à haute teneur énergétique, joyeuse et débridée, en digne héritière des Wedding Present ou des oubliés Poster Children. De quoi se mettre de bonne humeur instantanément après les albums évoqués ci-dessus ! Enfin, quand je dis bonne humeur, il y a quand même sous ces fausses mélodies enjouées un réel dégoût de la société actuelle, rien de léger ou d'inconséquent là-dedans. Et la pochette est un chef d'œuvre !
False Heads : "Sick Moon"
Moins connus que les autres (allez savoir pourquoi), False Heads vient de Londres. Ce trio très inspiré donne lui aussi dans le "post-punk 2.0", la power-pop ou le punk ou tout ça mélangé (décidément, les étiquettes c'est difficile parfois, surtout quand on n'aime pas ça). Peut-être plus sérieux - plus sombre ? - et moins rigolards que les autres groupes mentionnés ici, False Heads réussit à créer des mélodies vraiment prenantes en insufflant beaucoup d'émotion dans ses morceaux.
Unsanitary Napkin : "All Billionaires Are Bastards"
Tout droit venu de Nouvelle-Zélande, un trio anarcho-punk difficile d'accès mais absolument brillant : Voir ma chronique sur se blog.
Loose Fit : "Social Graces"
On reste de l'autre côté de la planète, mais en Australie cette fois, avec un groupe qui renouvelle à merveille ce que l'on a appelé le "disco-punk" ou "punk-funk" ou encore "dance-punk". En dignes héritiers de Gang Of Four, mais aussi - une influence que l'on ressent beaucoup - du Public Image Limited de Metal Box, ou encore de Pylon. Le chant possédé de Kaylene, la chanteuse du quatuor, est pour beaucoup dans la claque que procure ce disque absolument réjouissant.
Mini Skirt : "Casino"
Encore des Australiens, des punks (modernes) purs et durs, qui font un rock très 90's, entre hardcore, punk et noise. Une musique urgente et abrasive, faite par des gens pas contents du tout, qui crachent avec talent leur rage et nous la communiquent sans jamais nous ennuyer une seule seconde.
Oneida : "Success"
C'est le seul groupe du lot à faire partie des "anciens" (ils sont nés à la fin des années 90). Oneida n'a plus rien à prouver depuis longtemps mais leurs derniers albums, ceux de la décennie 10 étaient sans doute trop conceptuels, laissant présager une fin de carrière proche. Ô surprise, après 4 ans de silence, ce Success là renoue avec son titre, le succès, avec ses géniales compositions très psychédélico-noisy parfaitement envoûtantes.
Yard Act : "The Overload"
Sorti en tout début d'année 2022, cet album est à classer aux côté des chefs de file que sont les IDLES, avec LIFE que nous avons vu plus haut, Sports Team ou encore les TV Priests (dont l'album a failli figurer dans ce top). Bourré d'énergie, avec ses refrains à reprendre en chœur le poing levé et son petit côté dance-punk, Yard Act est un digne représentant de la scène anglaise de ce changement de décennie : idéal pour s'évader d'un quotidien stressant, pour se sentir moins seul, en ingurgitant de bonnes rasades de lumière dans un environnement tout gris.
Ils ne sont pas sur les plateformes d'écoute, ils vivent à Wellington, en Nouvelle-Zélande, ils sont trois, deux mecs (Ben, look de brave gars, à la batterie et Rupert, look de nerd, à la basse) et une fille (Hannah, look de jeune fille bien élevée, chant rauque et guttural+guitare). Et ils sont la meilleure chose qui soit arrivée à l'année 2022 en matière de musique extrême, personnifiant la rage comme on l'a rarement fait en réinventant le hardcore, qu'il soit anarcho-punk avec Unsanitary Napkin ou digital avec avec Displeasure. Retenez bien leur nom, car ils pourraient devenir énormes s'ils arrivaient jusqu'aux oreilles de journalistes influents, dirons-nous, ou retomber dans l'anonymat et rester cette jouissance infinie et confidentielle pour leurs auditeurs actuels, dont votre serviteur.
L'album de Unsanitary Napkin, "All Billionaires Are Bastards" est sorti en mars, il compte 12 morceaux pour une durée de 21 minutes. L'album de Displeasure, "Vortex Of Shit" est sorti en décembre, il compte 9 titres et dure 17 minutes. Et les deux groupes (les mêmes musiciens, répétons-le) réinventent à la fois le traditionnel hardcore de trois notes et l'électro-punk hargneux et froid de trois notes et demi, en insufflant dans chacun une énergie et une colère phénoménale et surtout de la sincérité, rien que de la sincérité, une vraie sincérité : pas de look à la con, pas d'attitude "je suis un gros punk destroy", juste trois potes qui jouent comme si leur vie en dépendait. Et surtout un talent fou : réinventer un genre qui tient en trois notes, c'est un sacré challenge après quarante ans de groupes ayant fait la même chose, mais eux y arrivent. Comment ? Mystère. L'émotion qu'ils arrivent à y glisser sans doute, plus quelques samples ou idées hors-normes intercalés dans tout ça, et le résultat est là : il laisse pantois.
Les brûlots incendiaires sont suffisamment rares pour être signalés, alors si vous avez les oreilles un tant soit peu bétonnées (le chant de Hannah, très rare dans le monde féminin et réservé au milieu métal extrême en général, peut s'avérer difficilement supportable quand on n'a pas l'habitude), précipitez-vous sur ces deux albums, vous verrez, ils ont le don de nettoyer tout le stress que vous aurez pu accumuler, sur des textes crus et hargneux jamais stupides. En parallèle on s'intéressera aussi aux talents de dessinatrice de Hannah, dont les visages congestionnés de vieux hommes hurlant ou de sexes masculins sont pour le moins réussis. Un seul vrai regret : la Nouvelle-Zélande, c'est loin et ça sera difficile de les voir en concert, parce que ça doit être quelque chose.
Ça faisait déjà un bon moment que l'on surveillait du coin de l'oeil ce quatuor de jeunes filles de Manchester, très lookées "gothiques", avec une chanteuse en apparence possédée. Alex, Alisha, Amy et Annabelle, rien que des A, comme la note que l'on donnera à cet album, ont sorti deux singles et un mini-LP depuis 2018, et voici enfin leur véritable premier album, "Congregation", plus noir et désespéré que jamais.
Ne vous fiez cependant pas au look, même si l'on sent bien à plusieurs reprises des ambiances que n'aurait pas renié UK Decay, pionnier du rock gothique, et inventeurs du terme bien malgré eux, quand celui-ci était encore bourré d'influences punk hargneuses et enragées.
Witch Fever est classé sur divers sites web dans le punk/grunge, terme bien réducteur car le son des guitares ne fait pas tout. Grunge, bof, parlons plutôt de noise, de riot grrrls ou d'un rock féministe énervé à la Hole ou Babes In Toyland, avec donc cette tendance death-rock très marquée.
Mais peu importe au final : Witch Fever réussit à s'imposer dans un genre pas encore trop répandu (coucou aux françaises de SheWolf) avec un album obsédant et sacrément bien foutu qui fait qu'on y revient même sans s'en apercevoir.
Ce deuxième album de Dry Cleaning était très attendu après le battage médiatique (relatif, certes) qu'il y eût autour du premier. Rappelons que Dry Cleaning renoue avec un genre un peu oublié, le "funk-punk", "disco-punk", "groovy-post- punk" ou quelque soit le terme qu'on voudra bien lui donner. Mais on le sait, le cap du second album est un cap difficile, les musiciens devant souvent se remettre en question rapidement, sans avoir le temps de faire mûrir leurs morceaux, comme c'est le cas pour tous les premiers disques.
Celui-ci gagnera donc sûrement à être apprécié après plusieurs écoutes, la faute à sa complexité et au chant parlé de Florence Shaw qui s'avère ici un peu agaçant. Ok, la mode dans le post-punk "2.0" est à ce type de chant, mais il faut savoir doser le côté monocorde et l'émotion. Trop de monocorde tue le monocorde !
Malgré tout, la qualité des compos est assez bluffante : ça part dans le simili-jazz et autres musiques "évoluées" (attention à ne pas aller trop loin non plus), déjà inaugurées par Squid, Black Country New Road ou black midi, des jeunes groupes qui font frémir les critiques rock intello-snobinards qui se gargarisent de culture élitiste. Moins groovy que le premier album donc, avec pour résultat des ambiances assez étouffantes, le chant y étant pour beaucoup.
Peu d'énergie, quasiment pas même (ne parlons évidemment pas de gaîté ou de coolitude), et pour un peu on se ferait carrément chier si ce n'était l'inventivité et le talent des musiciens. Un bon album donc, bien qu'en deçà du premier, et surtout, attention à ne pas se laisser aller à la tentation de la démonstration, il y aurait vite risque de perte d'âme.
Sous le soleil de Los Angeles, Californie, on croit imaginer la musique qu'écoute la jeunesse : du punk mélodique, casquette à l'envers et skate board ou planche à voile sous le bras pour aller rejoindre les potes au bord de la plage. Eh bien, on aura foutrement tort. Automatic est un trio de jeunes filles glaciales comme la mort (Halle Saxon à la basse, Izzy Glaudini au chant et synthés, Lola Dompe à la batterie -il n'y a donc pas de guitare) qui jouent une musique minimaliste, répétitive, morne et lancinante que n'auraient pas reniés leurs aînés, ceux qui traînaient leurs guêtres du côté de Manchester en 1980 : Joy Division, qui passeraient pour des énervés en comparaison, Crispy Ambulance, Section 25 et le côté belge, signés sur Factory Benelux, comme les Minny Pops notamment, leurs pendants masculins. On comprendra peut-être mieux leurs influences en signalant que Lola n'est autre que la fille et la nièce des frères Haskins, membres de Bauhaus et quasi-inventeurs du mouvement gothique.
Alors, allez-vous me dire, dépressive, la musique de Automatic ? Pas tant que ça : un "Venus Hour" par exemple ferait presque penser aux punkettes suissesses de Kleenex/Liliput ; un "Automaton" lorgne sans vergogne du côté du premier Depeche Mode ; un "NRG" assume son petit côté Fad Gadget tordu… Et la force de leur musique, c'est que si elle fait penser à tous les précités, qu'elle les frôle en permanence et qu'on à chaque coin de note on est à deux doigts de lancer un Jje le savais, c'est une copie de truc ou de machin", elle ne nous donne jamais cette (in)satisfaction bien "boomer".
La musique d'Automatic reste toujours profondément originale, fatras d'influences digérées à merveille et surtout très en phase avec la merveilleuse année 2022, aussi excitante que le furent les cinq ou six précédentes. Merci Trump, merci Poutine, merci Macron, merci Boris Johnson, on vous doit beaucoup et prenez ça dans la gueule. Le deuxième album d'Automatic s'appelle "Excess" mais le seul excès qu'il possède, c'est celui de la qualité. Dans le top 10 de 2022, forcément.
Précisons tout d'abord que si tout le monde parle de Bob Vylan à la première personne, ils sont en fait deux : Bobby Vylan et Bobbie Vylan. La nuance étant un peu compliquée on restera au singulier. Donc : Bob Vylan a un nom aussi rigolo que son message ne l'est pas.
Depuis trois ou quatre ans, il fait beaucoup parler de lui pour sa virulence et son intransigeance (il n'hésite pas par exemple à s'habiller en Fred Perry en mettant bien en avant la marque dans une de ses dernières vidéos - Fred Perry est habituellement une marque adoptée par les fachos).
Après une multitude de EPs et un premier album en forme de coup de poing dans la gueule, voici venu le second album, dont on ne doutait pas qu'il poursuivrait son combat contre le racisme, le capitalisme, la misère sociale et la dénonciation des dérives de la Grande-Bretagne ou plus généralement des valeurs de l'Occident. Son punk industriel mêlé de grime et de hip-hop enragé, son cynisme et ses paroles choc - d'aucun diront qu'il est très inspiré par les Sex Pistols, peut-être à cause du single "Lynch Our Leaders" (lynchons nos leaders) illustré de la tête de la Reine - font mouche à chaque fois.
Chaque titre donne envie de hurler avec lui, de vider ses frustrations en levant son poing et de sortir dans la rue pour manifester son ras-le-bol. Mais Bob Vylan n'est pas juste un punk bourrin et teigneux, c'est aussi un vrai musicien qui connaît ses racines (le reggae-dub Health Is Wealth) et sait s'arrêter de hurler pour évoluer dans des contrées proches de celle de Tricky (Must Be More) avec des titres brillants d'intelligence et de variété.
Bob Vylan ose ce que beaucoup n'osent pas (plus), il est le parfait exemple d'une colère qui sommeille depuis trop longtemps en chacun de nous, mais que lui arrive à exprimer simplement et efficacement, avec un talent fou.
Disons-le tout net, "Bob Vylan Presents The Price Of Life" sera un album essentiel de cette sortie de pandémie, un objet qui aide à panser ses plaies mentales, salvateur et positif, pour que chacun soit motivé et prêt au combat, et pas seulement en Angleterre (suivez mon regard).