19 mars 2016

De mon amour invétéré pour le Japon et ses déviances

Après avoir découvert en 2008 les Polysics, un groupe japonais complètement cinglé, et été fasciné par leur musique unique en son genre (du punk technicolor comme ils le disent eux-mêmes), je n'ai eu de cesse de découvrir d'autres groupes japonais, et autant de sensations fortes dont je n'avais plus l'habitude avec les groupes occidentaux. Ce n'est pas que les groupes japonais soient meilleurs, non, ils sont simplement différents, et cette différence s'avère bien souvent passionnante (peut-être parce qu'on ne comprend rien à ce qu'ils racontent ?)
Je ne suis pas un spécialiste du Japon, c'est un pays où je n'ai jamais mis les pieds et dont j'ai découvert la culture sous un angle autre que le cliché ou l'anecdote rigolote, il n'y a que quelques années. 
Fan de rock underground depuis mon adolescence boutonneuse, j'ai écrit - et j'écris encore- pour des fanzines comme Prémonition, j'en ai fait un pendant quelques années, le PPPzine, et j'ai aussi écrit en 2005 un bouquin sur la "Génération Extrême - 1975-1982 du punk à la cold-wave", sorti chez Camion Blanc. Je ne prétends pas donner des leçons sur l'histoire du rock ou imposer ma science (les goûts et les couleurs, hein), mais s'il y a une seule chose qu'on ne puisse pas me reprocher, c'est mon manque de curiosité.
Je fouille, je cherche en permanence, et depuis que je me suis attaché aux groupes japonais, un constat m'a sauté aux yeux : personne ne parle d'eux, ou si peu. Mon blog n'aura donc pas la prétention de vous présenter un panorama exhaustif du rock au Japon, mais il contribuera un peu, je l'espère, à vous faire partager mes coups de coeur pour des groupes que j'aime, et à promouvoir cette musique très riche.
J'ai grandi avec le punk et la new-wave, le grunge et l'électro, le métal et la noise, le rock gothique et la cold-wave, le post-punk et la shoegaze, l'indus et la brit-pop, voilà donc de quoi je vous parlerai ici quand j'en éprouverai le besoin.

Si vous voulez évoquer vos coups de coeur avec moi ce sera aussi avec plaisir, qu'il s'agisse de groupes actuels ou passés. La musique franchit le temps et l'espace, et la meilleure chose qu'on puisse lui rendre, c'est de la partager.

18 mars 2016

Charles de Goal, un grand petit homme qui a oublié d'être connu


Charles de Goal : « Mobilisation / Résistance » [Danger Records]



"C'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe" affirme l’adage. Et comment, mon capitaine, serait-on tenté de dire à l'écoute de ce nouvel album de Charles de Goal ! Mais d'abord un peu d'histoire : Charles de Goal est né à la fin des seventies sur les cendres du groupe punk Coma.

Projet d'un seul homme autour duquel gravitaient divers musiciens, Charles de Goal a sorti en 1980 l'un des albums-phare de la cold-wave française, "Algorythmes", auquel un véritable culte est voué aujourd'hui par bon nombre d'amateurs de cette période. Traits marquants de Charles de Goal, le chant en français, bourré de jeux de mots souvent à double-sens et une musique sombre, rageuse et pessimiste : un mélange improbable donnant une envergure unique à la musique du groupe.

Après quatre albums brillants parus dans les années 80, évoluant peu à peu vers des morceaux un peu plus dansants, pour ne pas dire pop… silence radio. C'est en 2005 que Charles de Goal réapparaît sur le devant de la scène, cette fois-ci sous la forme d'un véritable groupe. Le général et ses lieutenants frôlent la cinquantaine, mais les prestations live, puis l'album qui verra le jour quelques temps après ("Restructuration" en 2008), laissent pantois tous ceux qui s'y frottent.



Cette fois-ci, on est à fond dans l'électro-punk hargneux, la cold-wave ayant été balayée par une énergie débordante. Le succès de Charles de Goal, même s'il reste confidentiel, permet alors au groupe de tourner partout en Europe, de sortir un tribute album en 2009 et d'apparaître sur de multiples compilations, et de rééditer dans une version remastérisée "Algorythmes".

En 2014, le groupe doit faire face au décès subit de son batteur, Jean-Philippe Brouant, ainsi qu'au remplacement de son bassiste. Mais personne n'aura raison du général, et "Mobilisation / Résistance" (un double-album) s'annonce aujourd'hui comme un must : jamais la musique du groupe n'aura été aussi aboutie, plus sombre, plus tendue et plus énervée que jamais, avec même un petit côté "dansant", témoin le single "Blackpool" qui devrait faire guincher bon nombre de petits soldats sous les stroboscopes.



Et bien sûr, il ne faut pas oublier les textes ciselés au cordeau, même si ceux-ci tournent presque exclusivement sur des sujets comme la mort, la guerre et les pires horreurs de l'humanité, sans la moindre once d'optimisme...

A bientôt 60 ans, Charles de Goal marque durablement le paysage rock français, bien loin des conventions, de l'habituelle soupe FM et du marketing, mais toujours plus prêt de l'essence même du rock'nroll : un désir de vie plus fort que tout, avec de la révolte, de la jeunesse (oui !), de l'intelligence et de l'humour (pour ce dernier, un peu moins que d'habitude, ce qui serait le seul reproche que l'on pourrait faire, mais on en connait malheureusement la raison). Bref, cet album fait un bien fou au corps comme au cerveau, alors usez et abusez-en !

> Album sur Bandcamp :
https://dangerrecords.bandcamp.com/album/dr-023-mobilisation-resistance-double-lp


(Chronique parue sur le webzine www.premo.fr)

25 février 2016

DIIV sur Canal+ ou Le rock à la télé : même en 2016, c'est pas gagné...

Au Grand Journal sur Canal+ hier soir, Une grande majorité de Franzose a pu voir Augustin Trapenard évoquer le nouvel album de DIIV en termes élogieux. Ceux qui aiment le groupe auront probablement murmuré comme moi un "ben ça alors" étonné.
En effet, DIIV, comme Savages ou Eagles of Death Metal (voir mes billets précédents), n'est pas le genre de groupe qu'on a l'habitude de voir "à la télé", entendons par "télé" des émissions grand public, diffusées à des heures de grande audience. Même sur Canal, qui sait pourtant parfois offrir de vraies belles surprises au public branchouillé.

Evoquer DIIV, c'était assez culotté quand même, car même si leur musique est (pour moi en tout cas) quelque chose de très abordable, ni dérangeant, ni agressif, ni obscur, on a bien senti sur le plateau une sorte d'incompréhension. Trapenard commence d'abord par dire "vous vous souvenez sûrement de ça" en passant une vidéo de l'album précédent, et manifestement ça ne disait rien à personne. Suit un extrait audio, sorte de bouillie sonore comme Canal a le chic pour le faire (leurs directs ont souvent un son épouvantable), suivie d'acquiescements polis d'un public et d'invités qui ne savaient manifestement pas de quoi il s'agissait.

Puis Trapenard lit son papier, expliquant les origines de la musique de DIIV. Hormis les déboires du groupes (drogue, etc), il la définit comme influencée par Nirvana, puis l'assimile à Sonic Youth. Mais si tout le monde connaît Nirvana (et encore, hormis "Unplugged in New-York" et le single "Smells like Teen Spirit", je doute que "Bleach", le premier album, ait un écho aussi fort), qui connaît vraiment Sonic Youth ? Le nom dit peut-être quelque chose à votre voisin, mais la musique, j'aimerais bien obtenir quelques statistiques à ce sujet, même chez les gens dit "branchés".

Donc Trapenard nous définit DIIV comme ça, ce qui est une hérésie absolue, hormis le fait que les guitares soient électriques et qu'il y a des larsens. Aucune violence dans DIIV contrairement aux deux groupes précités, on est nettement plus proches de The Cure, et notre ami journaliste aurait mieux fait de parler d'un courant musical éphémère mais solide, avec un revival très actif aujourd'hui, ayant pour hérauts My Bloody Valentine, par exemple : le mouvement shoegaze. Il termine en disant qu'ils écoutent ça en boucle dans leur équipe, ce qui fait plaisir mais dont tout le monde se fout.
Bref, pas de DIIV sur scène non plus (déception de votre dserviteur), juste ce passage surréaliste de 2 minutes).

Même topo pour Savages, mais je ne vais pas revenir là-dessus. Quant à Eagles of Death Metal, on a bien senti après les attentats que tous les médias grand public étaient profondément soulagés que leur musique soit audible et qu'il ne s'agisse pas de death metal. Imaginez l'embarras de Pujadas, obligé d'évoquer la musique de Eagles of Death Metal au 20 heures s'il s'était agi de quelque chose de beaucoup moins abordable ? Le lendemain, au Bataclan, il aurait dû y avoir les Deftones, c'était déjà nettement moins médiatique, nul doute que les choses auraient été abordées autrement.

Chino, des Deftones
En 2016, le rock a 60 ans, le rock "alternatif" en a 40, mais force est de constater qu'il ne touche toujours qu'une frange réduite de la population, et que les quelques rares qui essaient de le défendre sont loin de savoir convaincre le public de la ménagère de moins de 50 ans.
Concernant DIIV, on se doute que quelqu'un chez Canal a réussi à persuader ce malheureux Trapenard d'en parler, peut-être par copinage avec des gens des Inrocks ou de Télérama (on sait qu'il y a chez eux des gens très branchés et très au courant), ou parce que Canal a des billes dans la distribution de l'album, bref va savoir.

Pour ceux qui ne connaissent pas DIIV, petit groupe shoegaze dont le premier album était en effet très réussi et le second encore plus que le premier, votre serviteur l'écoutant sans arrêt (pour une fois que je suis d'accord avec les Inrocks)  depuis un mois, il s'agit d'une musique qui met l'accent sur des guitares à la fois vaporeuses et électriques (le larsen servant à créer l'ambiance), une basse chantante, très Cure, des mélodies douces-amères, beaucoup de spleen et du désespoir à tous les étages, sans délaisser un côté énergique grâce à une rythmique nerveuse qui crée une certaine tension chez l'auditeur (on tape du pied, on ne s'endort pas).

Un groupe shoegaze, quoi ! On disait noisy-pop en 1991, peu importe le terme mais c'est un genre vraiment à part et reconnaissable entre mille, qui a eu son heure de gloire avec My Bloody Valentine, Ride, Lush, Swervedriver, Chapterhouse, Pale Saints à l'aube des nineties, et qui a de nouveau le vent en poupe depuis une dizaine d'années avec plein de groupes reprenant les schémas de cette musique (Ringo Deathstarr, Cheatahs, Deerhunter, No Joy, The Pains of Being Pure at Heart, Pinkshinyultrablast...), certains plus éthérés que d'autres, d'autres très énervés, bref il y a toutes sortes de genres. Shoegaze pourrait se traduire par "regarder ses chaussures", caractéristique répandue chez les groupes jouant cette musique, de  grands échalas timides et mal dans leur peau, n'osant pas regarder le public en face, renfermés sur eux-mêmes et leur musique.

> l'extrait du Grand Journal à voir ici

Et toi, ami lecteur, dis-moi, es-tu un shoegazeux ? Connais-tu DIIV et souhaites-tu en savoir plus sur ce beau mouvement shoegaze ?


21 février 2016

Vinyl, épisode 1 : une nouvelle série vraiment rock'n'roll ?


La série était très attendue, et avant même que quiconque ait pu voir le pilote, les avis étaient déjà dithyrambiques. Il faut dire que "Vinyl" (en français, on écrit "vinyle", la réforme de l'orthographe serait-elle passée par là où s'est on-dit qu'il était inutile d'adapter le titre ?) a de quoi séduire : une immersion dans le New-York de 1973, dans le monde interlope du rock et des charognards qui tournent autour (l'industrie du disque, celle qu'adore Pascal Nègre, alors que nous on n'aime vraiment pas Pascal Nègre), au croisement de deux époques : la fin du glam-rock et les débuts du punk, le tout scénarisé par, excusez du peu, Martin Scorsese.

Donc, ça valait le coup d'en parler, même s'il ne s'agit que d'un premier épisode (de près de deux heures et qui pourrait -presque- s'arrêter là, comme un vrai bon long-métrage).

Je tiens d'abord à rappeler aux aimables lecteurs de ma prose qu'en 1973, je jouais encore aux playmobil (enfin aux playbig, à l'époque), et que je me foutais pas mal du rock. Je suis quinquado, pas septantado, hein, donc mon avis ne sera sûrement pas le plus pertinent sur cette époque que je n'ai connue que dix ans plus tard, même si je me suis beaucoup documenté dessus.

Cet épisode, très touffu, évoque plusieurs choses au travers du héros Richie Finestra (excellent Bobby Cannavale, qu'on avait kiffé en mafieux impitoyable et fou à lier dans la géniale série Boardwalk Empire), producteur au bord de la ruine, obligé de flirter avec des tarés pour sauver sa maison de disques.
A travers les regrets de son passé, on assiste au cynisme raciste de l'industrie du disque des années soixante qui méprisait ses artistes pour en faire des objets de profit. Au présent (en 1973), on prend conscience de l'arrivée de "quelque chose", par l'enthousiasme underground pour une nouvelle forme de musique (le proto-punk des New-York Dolls) en train de balayer le hard-rock institué de gens comme Led Zeppelin, et déjà aux prémisses du punk nihiliste via Suicide (juste évoqué, mais ils n'avaient pas de guitares) et le seul groupe fictif de l'histoire, les Nasty Bits. Enfin, Scorsese n'a pas pu s'empêcher de glisser là-dedans son goût pour la mafia et le meurtre, on est d'ailleurs assez surpris qu'il y en ait un (au cours d'une scène hilarante, entre nous), ce qui n'était pas vraiment nécessaire.

Les commentaires que j'aie déjà pu lire à droite à gauche (sur des sites américains) me laissent dubitatif car je m'attendais à un franc enthousiasme, or bon nombre de gens s'offusquent, et en gros disent tous : "c'était pas comme ça à l'époque". Ah, je vois, des puristes ! Il y en aura toujours, mais ce n'est pas le propos.
Certes, une émeute dans les rues pour se rendre au concert des New-York Dolls est très exagéré, certes le nihilisme de Nasty Bits arrive un peu trop en avance, certes les mecs des maisons de disques sont vraiment tous trop cinglés, certes le meurtre au milieu est de trop... mais on s'en fout un peu, non ? Ce n'est pas un documentaire, c'est de la fiction, et dans la fiction tout est raccourci, enjolivé (ou sali), bref on est dans l'entertainment, et force est de constater qu'on est entertainé à donf et qu'on prend vraiment son pied.
On rit beaucoup, on tremble avec eux, mais surtout la grande réussite vient de ce qu'on ressent fortement l'élan libérateur du rock le plus extrême (pour l'époque, depuis on fait bien pire bien sûr, mais la "pureté" de l'époque a rarement été atteinte depuis), et même d'autres formes de musique comme le blues ou la soul. Car Vinyl ne néglige aucune forme de musique, et même si son propos met en avant l'arrivée du punk, celui-ci reste finalement très marginal dans la BO, au profit d'autres musiques plus classiques et toujours d'une grande qualité.

Le résultat : je me lève ce matin, et j'ai une féroce envie de réécouter les New-York Dolls, le MC5, les Stooges, Television ou Patti Smith, sans oublier ceux qu'on oublie régulièrement comme les Dictators, les Electric Eels, Death ou Rocket From The Tombs (ces derniers ayant donné plus tard Pere Ubu, et vous savez quoi, ils viennent de se reformer pour un album génial, si si, tout comme Death, d'ailleurs !)

Alors si vous aimez un tant soit peu le rock qui saigne et qui crache, au sens large (pas Toto ni Dire Straits et encore moins Johnny Halliday), plongez dans Vinyl, et tant pis pour les grincheux qui pensent que la réalité a été embellie.


Le trailer

Et les vrais :



Les Stooges (avec Iggy Pop au chant, of course)




MC5



Electric Eels



Death, le seul (?) groupe proto-punk Noir



Dictators



New-York Dolls (managés par un certain Malcolm Mc Laren,
qui s'occupera plus tard des Sex Pistols !)

19 février 2016

Qui veut donner son petit avis sur Eagles of Death Metal ?

C'était prévisible : après les attentats de Charlie Hebdo et la marche du 11 janvier (j'avais un joli panneau "amourt aux cons", vous m'avez vu ?), on pouvait s'attendre à ce que la belle union se disloque assez vite, Charlie Hebdo n'étant pas ce que l'on puisse appeler un journal qui fait le consensus et l'unanimité (perso, je suis fan).
Mais après les attentats du Bataclan, il paraissait difficile d'imaginer que le même phénomène se reproduise. En effet, hormis quelques demeurés ultra-cathos voyant Satan partout et notamment dans Eagles of Death Metal, le reste du monde ne pouvait que compatir.
Mais non.
Depuis quelques jours, à cause d'une interview de iTélé, diffusée sur YouTube et partagée à qui mieux mieux un peu partout à l'occasion du retour de EODM à l'Olympia, les choses ont vite tourné à l'aigre.

Ce qui a fait réagir les gens, c'est que Jessie Hugues, le chanteur, a déclaré plein de conneries et c'est normal, c'est un ultra-chrétien, anti-avortement, défenseur du port d'armes, j'en passe et des meilleures, tout ce qu'on abhorre chez l'Américain moyen, des choses nauséabondes et d'une stupidité absolues relayées par Trump et les autres abrutis.
Alors forcément, quand c'est le chanteur de EODM qui dit ça, ça surprend.

Je fais ici une petite parenthèse : je n'étais pas au Bataclan, mais j'y avais de la famille proche, quelqu'un que je connais depuis mon enfance, ma cousine. Et si cette jeune femme n'y a pas laissé sa vie, elle a quand même passé 4 heures cloîtrée dans une petite pièce à se dire qu'elle allait crever d'une minute à l'autre. Je n'ose même pas imaginer comment on ressort d'une telle épreuve, toujours est-il qu'il lui a fallu trois mois avant de pouvoir retourner à son travail, ce qui laisse présager quand même, quelques séquelles. Mardi soir, elle a réussi à retourner voir EODM, et elle a vécu l'un de ses meilleurs concerts. La parenthèse est terminée.

Donc, suite à cette petite vidéo d'iTélé, il s'est passé ce qui se passe tout le temps sur Facebook ou ailleurs : chacun y va de son petit avis, et les plus tranchés viennent comme de bien entendu de gens qui n'étaient pas au Bataclan, qui ne connaissent absolument pas EODM, qui n'écoutent d'ailleurs pas du tout de rock et qui n'ont pas la moindre idée de l'état d'esprit des gens qui écoutent ce genre de musique. Ce ne serait pas trop grave s'il n'y avait pas eu des morts, mais il y en a eu, faut-il le rappeler : 130, et 350 blessés, dans un carnage qu'on mettra longtemps à oublier.

J'ai été profondément blessé par les paroles d'un abruti qui, pour faire le malin, a cru bon d'exposer sa prose, expliquant doctement que EODM avait eu une attitude merdique lors de son retour à l'Olympia. En gros, ce qu'on comprend (voir ci-dessous), c'est qu'il accuse EODM de profiter de la situation, de mépriser son public en lui faisant croire qu'il compatit et qu'il les aime. Il a même le culot d'étayer ses arguments en affirmant que les gars de EODM n'avait pas été touchés par l'attentat car "ils s'étaient barrés" dès le début, écartant le fait que l'un des membres de leur staff, le vendeur de T-shirt, a été abattu, et que Jessie Hugues lui-même s'était retrouvé face à face avec un terroriste qui lui avait tiré dessus, en le manquant heureusement. Un peu plus loin, il se demande à quoi ressemble la musique de EODM, expliquant sans le moindre fondement, tenez-vous bien :  "j'ai eu l'impression d'un rock grobeaufesque bien abruti". Juste à cause de son look, probablement, et de son discours, évidemment. En tout cas voilà quelqu'un qui n'a jamais dû écouter de rock de sa vie, ni jamais comprendre l'esprit de cette musique.


Ce type n'est pas le seul à avoir écrit des choses aussi ignobles. D'autres bons citoyens bien propres sur eux ont fait pareil et bien pire, mais ne pensent-ils pas, une seule seconde, aux victimes ? Les victimes aimaient EODM, elles les aimaient même beaucoup puisqu'elles sont allées à leur concert. En crachant sur Jessie Hugues, ces gens crachent aussi sur les victimes du Bataclan, en les assimilant au groupe (enfin, non au chanteur, le groupe on ne sait pas ce qu'il pense), et donc, l'air de rien, en insinuant que le public est composé de gens douteux puisqu'ils tolèrent et approuvent la musique d'un type comme Jessie Hugues. En résumé, c'est un peu comme s'il traitait ma cousine soit de connasse sans cervelle (ne sait-elle pas qui elle écoute ?) soit, pire, de réac malsaine aux opinions louches (si elle sait ce que pense Jessie Hugues, elle adhère forcément).
On n'est vraiment pas loin du "après tout ils l'ont bien cherché", un peu comme pour les gars de Charlie Hebdo. Fallait pas qu'ils critiquent la religion, pas vrai ?

Mais voilà, Jessie Hugues n'est pas pas un politicien, il ne fait pas de prosélytisme, ni dans la vie ni dans ses chansons, c'est juste un rockeur et un vrai (comme il y en a de moins en moins, un vrai barge). Et on s'en tape, de ce qu'il pense, car ce qui est important c'est sa musique, et imaginer une seule seconde qu'il n'a pas souffert comme les autres à cause de ses idées, ou qu'il cherche à les imposer aujourd'hui, dénote de la plus parfaite abjection.

C'est certes très à la mode de détester son voisin dès qu'il a une idée différente de lui, et la preuve s'affiche tous les jours partout sur Facebook ou Twitter. Et le dénigrement de tout et de tout le monde est une occasion en or pour se faire mousser, alors on peut l'utiliser de différentes façons : pour de "bonnes idée bien saines", pour l'écologie, pour le vrai socialisme, pour le vrai révolté, pour la France qui gagne, pour la manif pour Tous, pour l'hymne à Nicolas Sarkozy, pour tout et n'importe quoi, de droite, de gauche, du centre, des extrêmes.
Car ce qui ne plaît pas à tous ces gens, au fond, c'est que Jessie Hugues puisse vraiment aimer son public, qu'il se sente vraiment "Français pour toujours", qu'il fasse un coeur avec ses doigts et qu'il se mette à pleurer devant les caméras.
Ces gens sont vides d'émotions et d'humanité, ils sont les produits décérébrés de notre époque, incapables d'empathie, de vie et d'amour.

Alors voilà, je voulais utiliser ce blog comme un droit de réponse à cette misère intellectuelle beaucoup trop répandue, et je conclus en disant que j'aime Eagles of Death Metal (depuis des années d'ailleurs), et que j'aime l'attitude de Jessie Hugues, même s'il a des idées vraiment nazes.
Je les aime, et j'emmerde les connards bilieux et aigris qui, eux, n'aiment plus rien, sans doute parce qu'ils ne s'aiment pas eux-mêmes.